[nouvelle] "Travaux pratiques"

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Modérateur: Amrith Zêta

[nouvelle] "Travaux pratiques"

Messagepar Toomseuge sur 04 Mar 2006 20:05

Plantée face à ce double dont le miroir lui renvoyait l'image à nouveau, Maria se laissa gagner par l'excitation. La jeune fille ôta son gilet et précipita sa chute sans même suivre des yeux son aterrissage au pied du lit. Ses doigts aguerris au rituel ne connaissaient que trop bien la résistance qu'offraient les boutons dans les fentes de son chemisier. Son coeur s'emballa lorsque ses bras se tordirent à la recherche des agrafes de son soutien-gorge. Les pas de sa mère pouvaient résonner d'un instant à l'autre dans le couloir menant à la porte qu'elle oubliait consciencieusement de fermer à clef. Dans un soupir, elle fraya un passage à ses mains entre ses hanches et sa culotte qu'elle fit glisser jusque sur ses pieds nus.

De l'extrémité de ses longs ongles crasseux, l'adolescente entama la torture des excroissances violacées qui lui tenaient lieu de tétons. A plusieurs reprises, ses petits doigts boudinés ne manquèrent pas de riper, griffant avec une maladresse préméditée les auréoles disproportionnés qui cernaient ses bouts de seins meurtris. Elle les pressait avec une hargne égale à celle qu'elle déployait régulièrement pour extraire le pus de ses nombreux boutons d'acnée arrivés à maturité. Elle enfonça ensuite une main dans ses cheveux gras et crépus comme pour s'étonner une énième fois de leur confondante ressemblance avec la luxuriante toison pubienne que son autre main labourait déjà jusqu'au sang.

L'obscène vérité du corps ainsi mise à nue, la laideur n'avait plus d'autre choix que de plaider coupable et de réclamer son chatiment. La main gauche de l'adolescente pinçait alors les bourrelets de graisse l'un après l'autre, tandis que s'abattait d'un geste sûr la lame du cutter empoigné dans la main droite, n'arrachant à la jeune fille rien de plus qu'un étrange rictus et quelques saignées. Lorsque Maria se lassa de lacérer la chair de son ventre, elle se mit à reproduire des sillons écarlates sur ses avant-bras, comme autant de pense-bêtes de sa souffrance.

"N'oublie pas tes cuisses poupée..."
Ennivrée par sa propre furie, Maria en avait presque oublié la présence de celui qui l'observait assis en tailleur sur la moquette, dos à la porte, derrière l'écran de fumée de sa Malboro Light.

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Les volutes qui montaient de la cigarette de Sam esquissaient des légions entières de femmes aux courbes aussi affolantes qu'exagérées. S'improvisant chef d'orchestre, Sam commandait à l'une de chasser l'autre d'un simple tapotement sur le filtre de sa petite baguette. Ce défilé de nymphes evanescentes n'avait d'autre intérêt qu'offrir au jeune homme qui les convoquait le contrepoids parfait au spectacle qui se jouait à guichet fermé.

"N'oublie pas tes cuisses poupée..."
La voix de Sam détourna un instant le regard de la petite grosse des zébrures pourpres cochées sur ses avant-bras. Sam lui prescrivait du bout des doigts le reste de sa cigarette pour soigner sa vilaine cellulite. Il aurait fait un malheur à Las Vegas avec un monstre pareil. Les strip teases à la chaine excitaient encore les habitués à peu près autant que les grandes parades de Disneyland. On payait maintenant pour reluquer des femmes qui s'habillaient sur scène. Quant aux calls girls des prospectus glissés sous les portes des chambres de motels, elles ne connaissaient plus le même succès qu'autrefois. Les initiés préféraient désormais s'armer d'un pistolet de paint ball et d'une lampe torche pour traquer leur proie au clair de lune parmi une cohorte de filles à poil grassement rétribuées pour simuler leur fuite dans le désert. S'il y avait bien une chose qui évoluait plus vite que la mode, c'était le vice.

Une odeur de bacon grillé imprégnait la chambre à mesure que la jeune obèse appliquait le bout incandesent de la cigarette sur ses cuisses. Tout en humant la graisse fumée, Sam se félicitait de la tournure qu'avaient pris les évènements. Quelques semaines plus tôt, il avait su mettre à profit l'une des rares occasions où le sommeil ne l'avait pas gagné pendant le cours de sciences du vieux Schmidt pour trouver peut être une solution à son problème. Il lui avait suffit pour celà de poser les yeux sur le boudin du fond de la classe. Celle qui empestait l'eau de cologne vendue au litre. Les guenilles difformes de la pauvre fille ne dissimulaient qu'en partie l'amas de chair meurtrie qui débordait de son pantalon. Elle refusa d'abord de lui donner des cours de soutien chez elle, mais l'adolescent plein de ressources avait su trouver les mots qu'il fallait. Les services sociaux enquêteraient sur les blessures. Ils n'accuseraient peut être pas longtemps sa gouvernante de mère, mais ils prendraient la peine au passage de vérifier leurs papiers à toutes les deux, comme il est de bon ton de le faire avec le petit personnel Mexicain. Contre toute attente, il n'eut pas à insister pour que l'adolescente transforme leur premier cours privé en une séance de travaux pratiques sanguinolents dont elle seule avait le secret. A Las Vegas, on appelait ça un "jackpot".

Sam alluma une nouvelle cigarette en rejoignant la fenêtre qui donnait sur l'angle de Walden Drive et Santa Monica boulevard. Il tournait ainsi le dos au spectacle dont il avait certes contribué à l'amélioration, mais qui était si bien rôdé qu'il en perdait déjà de sa saveur. Pour l'heure, son effet était toujours plus durable que celui des gélules de Viagra abandonnées dans un coin de sa chambre. Par un savant jeu de contrastes, la grosse le préparait sans le savoir pour celle qu'il retrouverait dehors. "Comme on équilibre une équation" aurait dit Schmidt. Elle était sa douche froide qui l'aidait à jouir du bain chaud qui suivrait. Accaparé par ces considérations et la contemplation de son reflet dans la vitre, l'adolescent perdait avec délice la notion du temps. Il comprenait les filles du lycée. Tomber amoureux de lui relevait d'une telle évidence... Se croyaient-elles spéciales pour oser le désirer si ouvertement? Un coup de klaxon le sortit de sa torpeur. La Porsche Boxster rutilante l'attendait déjà devant la maison. A son volant, sa dernière conquète souriait comme jamais, excitée sans doute par la virée qu'il lui avait promise. Sam toisa un instant le laideron prostré en position foetale sur la moquette. Il lui laissa ensuite sa liasse de billets habituelle sur sa table de chevet, avant de lui lancer au visage une poignée de pansements occlusifs dérobés dans le cabinet de son père, comme on jette sa came à une junkie.


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Soumise au jugement du rétroviseur, Jessica testait sa nouvelle gamme de sourires. Changer régulièrement de sourire retardait l'incrustation des rides. Elle l'avait lu dans Cosmo. Jessica espérait enfin satisfaire Sam. Pour la première fois, il la laissait aller bronzer à côté de son corps d'Appolon sur la plage nudiste de San Onofre, dans le South Orange County. D'après l'autoradio, la circulation restait relativement fluide sur la route 5 reliant Los Angeles à San Diego. Si son fiancé sortait de son cours sans trop tarder, le soleil atteindrait son zénith pour les accueillir sur le sable. Une main pressée contre le klaxon, Jessica singea par acquit de conscience le sourire qu'arborait Charlize Theron lors de la dernière cérémonie des Oscars.

Malgré sa bonne volonté, le reflet de sa gymnastique buccale s'apparentait un peu plus à une succession de grimaces à chaque nouvelle contorsion de ses lèvres injectées de Bottox. C'était, à vrai dire, tout ce que pouvait lui inspirer l'imposant bandage qu'affichait le rétroviseur en lieu et place de son nez. A en croire la promesse du père de Sam, elle trouverait la réplique exacte du nez de Sarah Michelle Gellar sous la couche rougeâtre de pansements. Qu'est-ce qui l'autorisait à en douter? La clientèle de son futur beau-père parlait pour lui. A commencer par Tori Spelling qui pouvait le remercier de s'être occupé de son nez après sa prise de bec avec son perroquet. Sans parler de Demi Moore, retapée de la tête aux pieds, qui lui conférait la stature d'un nouveau docteur Frankestein.

"Tu peux retirer tes bandages poupée..."
Sam claqua la portière après avoir envoyé valser son mégot sur le trottoir. Avec empressement, il attrapa le genoux de Jessica et remonta sa main jusqu'à sa poitrine qu'elle avait fait gonfler à sa convenance.

Vraiment, le travail effectué sur son corps ne l'avait jamais déçue. L'argent avait beau ne pas être un problème pour elle, toutes ces prestations gratuites la faisaient se sentir...Comment dire? Spéciale. Rien n'était trop beau pour son fiancé, et personne le lui prendrait. Pas même cette salope qui lui donnait des cours depuis des semaines, et dont elle ne distinguait jamais rien à travers la fenêtre.
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Messagepar Mad sur 06 Mar 2006 9:44

Ouh c'est... comment dire... gore ?

Le passage de personnage en personnage se fait d'une manière à la fois trnachée (les -------) et tout en douceur, comme trois histoires parallères qui se rejoingnent et qui s'accompagnent. On passe de la laideur extérieure à la laideur intérieure pour arriver à la beauté artificielle... C'est plutôt bien mené !
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Messagepar Toomseuge sur 06 Mar 2006 19:04

Merci de m'avoir lu Mad :) C'est intéressant ce que tu dis sur le passage de la laideur extérieure, à la laideur morale puis à la beauté artificielle. Je ne l'ai pas écrit en ayant ça comme projet en tête en départ, mais c'est juste. Je voulais juste jouer sur les perceptions faussées dans tous les sens: la façon dont ils se voient (se sous-estimant, se sur-estimant comme le narcissique de la 2ème partie, etc) et la façon dont ils voient ou pas (l'impossibilité de voir par la fenêtre) les autres. Et je voulais que la 2ème partie, centrale donc, traite du personnage central entre les 2 extrêmes des parties 1 et 3 qu'il manipule pour son plaisir égoiste (qu'il met au centre de tout). La symétrie de ma construction renvoie à son équation malsaine >:)
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