par N°6 sur 18 Mar 2005 14:54
"Skycaptain & The World of Tomorrow" est une vraie déception pour moi. J'attendais impatiemment ce film depuis de longs mois (quasiment un an quand j'y réfléchis), râlant à chaque fois que la sortie en était repoussée, la frustration a été ma maîtresse durant ces longs mois hivernaux d'attente, et quand enfin je peux me précipiter dans une salle obscure admirer cet objet de tous mes désirs, c'est au bras d'une nouvelle maîtresse, la déception, que je ressors, livide, de cette même salle.
Dire que le scénario est superficiel est encore trop loin de la vérité. Criblé d'incohérences, d'invraisemblances et de facilités, l'histoire s'avère être, très vite, affreusement décevante. Certes, l'attraction première du film sont ses effets spéciaux, sa nature numérique, son aspect visuel rétro-futuriste, ses références, formelles et autres, aux serials des années 30/40, son côté [i]pulp[/i], mais il n'empêche, un scénario d'une pareille fumisterie handicape sérieusement un film, digital ou pas. Tout est prévisible une heure par avance, les rebondissements n'en sont pas, les codes du genre sont si bien respectés que l'histoire finit par donner elle-aussi l'impression d'avoir été conçue par ordinateur. Il existe une différence fondamentale entre rendre un hommage à un genre et calquer son film sur le-dit genre, et "Skycaptain" n'a manifestement pas saisi la nuance. Les personnages sont d'une platitude affligeante, leurs répliques sont d'une banalité choquante, l'humour n'a pour seul effet que faire grincer des dents, les stéréotypes et les clichés se succèdent à un rythme martial. Toute la différence avec un "Indiana Jones", qui procédait du même esprit mais qui réussit partout où "Skycaptain" échoue lamentablement. Kerry Conran, scénariste, réalisateur et concepteur initial des effets spéciaux, n'a pas réussi à restituer l'esprit aventuresque, épique et badin du film de Spielberg et Lucas, son film ne parvient jamais à faire prendre la sauce, tous les ingrédients sont réunis, manque la levure qui aurait permit au tout de prendre forme. Disons le, le talent que requiert ce type de film cinéphile, dont disposent si manifestement Spielberg, Tarantino ou même Brad Bird ("Les indestructibles") et qui fait défaut cruellement à Conran.
A cela s'ajoute une volonté trop évidente de remporter la palme douteuse de blockbuster de l'année. Mais là aussi, les codes sont si bien respectés que le film en ressort ampoulé, englué dans le slime visqueux dont dégoulinent les films produits par Hollywood. Au-delà de son visuel, qui a le mérite d'être atypique et de faire penser aux expressionnistes allemands (ce qui est évidemment volontaire), Conran ne s'autorise aucune saillie, aucune infraction au code de la route hollywoodien, aucun excès de vitesse, son film est si sage qu'on a envie de klaxonner furieusement et de le dépasser. Voire même, de l'envoyer rouler dans le fossé, ou mieux encore, de le faire voltiger du haut d'une falaise à pic, au bas de laquelle il ira s'écraser et exploser dans une gerbe de feu numérique. Même Luc Besson avait mieux fait avec son "5e Elément", et comme le dit l'adage populaire, ce que Besson peut, tout le monde peut. Aucune excuse donc.
Un vrai gâchis ressort de tout cela, quand on pense par exemple à la force visuelle de la séquence d'ouverture, qui voit un zeppelin, l'Hindenburg III, s'amarrer au sommet de l'Empire State Building. A toute la force évocatrice que pourrait véhiculer un film pareil. Mais l'audace visuelle seule ne peut soutenir tout un film, qui, n'en déplaise au gotha d'infographistes du tout Hollywood, a et aura tjrs besoin d'un scénario et de personnages consistants pour pouvoir prendre son envol.
Si quelqu'un m'a compris c'est que je n'ai pas été clair.