[quote="Tonnerre de Brest"]"Blade Runner" n'est pas un bon film, cher Zerozum, c'est un chef d'oeuvre.[/quote]
Ok, je me rends compte en me relisant que vu comment j'ai tourné ma phrase (qui regroupait dans le même sac les adaptations de K. Dick, et les adaptations de comics), on pourrait penser que je dis que Blade Runner n'est qu'un "bon film". Mais ce n'est pas exactement comme ça que je le vois. Je le vois également plus comme un classique, une référence... bref un chef d'oeuvre, oui, là dessus nous sommes d'accord ! :wink:
[...]
[quote="Tonnerre de Brest"]Il faut ensuite distinguer ce qui motive les cinéastes. Rendre compte de l'univers de K. Dick n'est pas leur ultime priorité.[/quote]
Assurément, et c'est bien pour ça que je suis si impatient de découvrir ce "[b]A Scanner Darkly[/b]" (de Richard Linklater), qui semble être né dans une optique un peu plus "autre".
A ce propos quand même j'aimerais en profiter pour faire un peu plus de pub ici pour ce cinéaste que je trouve vraiment passionnant : [b]Richard Linklater[/b].
La semaine dernière est sorti chez nous sa magnifique comédie romantique "[b]Before Sunset[/b]". Une petite merveille !
L'histoire ? Quasiment aucune !
Disons que "Before Sunset" est la "suite" de "[b]Before Sunrise[/b]", un tout petit film indépendant de Richard Linklater, datant d'il y a (quand même) 9-10 ans maintenant (1995). L'idée est assez surprenante tout de même (rares sont les "suites" dans le cinéma indépendant), mais il n'est pas pour autant indispensable d'avoir vu le 1er pour apprécier le second (ça a été mon cas en fait).
"Before Sunrise" suivait la furtive rencontre (quelques heures à peine) de 2 jeunes gens à Viennes. L'américain Jesse (Ethan Hawke) et la française Céline (Julie Delpy) parcourent ainsi les rues de Viennes, avant que chacun reprenne sa route dans des directions opposées, avec comme seule promesse celle de se donner à nouveau rendez-vous à Vienne 6 mois plus tard. "Before Sunrise", ou la recherche d'authenticité, et le refus du bon vieux happy end.
9 ans plus tard, Jesse et Céline se retrouvent, par hasard (enfin presque), à Paris. A nouveau pour quelques heures, puisque Jesse doit repartir le soir même pour les Etats Unis. Comme dans "Before Sunrise", les quelques heures accordées au "couple furtif" sont vécues pleinement. Des dialogues, toujours des dialogues, et encore des dialogues, entre ces deux seules personnes, sur un peu tout et n'importe quoi (enfin, façon de parler), durant 1h20 de métrage.
1h20, c'est assez court, et en l'occurrence ça passe extrêmement vite. 1h20 de dialogues, voilà qui aurait pu vite devenir rébarbatif. Et bien non ! C'est tout simplement captivant de bout en bout. On ne s'ennuie pas une seconde, car le rythme est étonnamment bien maîtrisé, et la partition parfaite !
Car si je parle de "partition", c'est qu'il y a bien, encore une fois chez Linklater, un côté très musical dans ce film. Chez ce cinéaste, qui cherche tant à s'intéresser au "parlé", les dialogues sont toujours très symphoniques. Et ici les longs travellings sur la promenade plantée (par exemple), alternés avec des scènes plus statiques, laissent une impression très durable après le film. Ce n'est pas là vraiment le genre de cinéma qui cherche à faire des images "prégnantes" (des images qui imprègnent l'esprit, par leur force visuelle, ou leur force évocatrice). En revanche, des "mouvements prégants", oui. Un film sur lequel on se laisse emporter, et dont l'air reste dans la tête bien longtemps après l' "audio-vision" du film.
L'amour, c'est aussi simple qu'un morceau de musique, aussi magique, et aussi volatile et fugace, au fond, tout en laissant quoi qu'il arrive une trace, un souvenir, une impression, une sensation, une émotion, indélébile au plus profond de soi. Telle pourrait être la conclusion de ce film captivant superbement bien maîtrisé.
Bref, une des meilleures comédies romantiques qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années.
J'ai été très étonné d'ailleurs d'apprendre après coup que "Before Sunset" avait bénéficié d'un accueil critique positif énorme aux Etats Unis. Il a même été nominé aux Oscars dans la catégorie "meilleur scénario" (pour un film qui n'a pas de scénario apparent, c'est plutôt surprenant !)
Enfin bon, je le recommande d'urgence (parce qu'il ne restera pas longtemps sur les écrans :cry: )
Le charme du film tiens également au talent de Hawke et Delpy, dont l'alchimie a atteint un degré de naturel exemplaire. Les deux ont d'ailleurs fait entre temps une petite apparition animée dans "Waking Life"(de Linklater toujours). Et leur naturel n'est sans doute pas étrangé non plus au fait que les deux acteurs ont participé activement à l'écriture de leur "phrasé". Ce qui ajoute à l'impression de naturel et d'authenticité de l'ensemble. Ainsi qu'à son caractère fluide, flottant et virevoltant...
En revoyant après ça la bande-annonce de "A Scanner Darkly", je me suis d'ailleurs rendu compte à quel point le travail de Linklater sur le "phrasé" de ses comédiens s'annonce déjà très "particulier" dans ce film.
Non vraiment, ce cinéaste m'intrigue de plus en plus ! :D


