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[b]The Good German de Steven Soderbergh. [/b]
[b]Synopsis: [/b]
Berlin, 1945. Alors que la guerre fait encore rage dans le Pacifique contre les japonais, l'Allemagne a capitulé sans conditions devant les alliés américains, soviétiques, britanniques et français. La conférence de Postdam va organiser la répartiton de l'Europe au nom "de la Paix", dixit Truman. Le correspondant de guerre américain Jake Geismer découvre à travers son chauffeur, le caporal Tully, l'ambiance de corruption qui règne sur une ville à piller. Pire: il retrouve son ex-amante, une allemande, profondément changée, sombre et avillie. Quand son chauffeur est retrouvé assassiné à Postdam avec 1OO OOO marks, Jake Geismer est stupéfait de voir américains et russes passer sous secret l'affaire. Il commence sa propre enquête, qui va lui faire découvrir qu'on ne partage pas que des territoires, mais aussi des cerveaux, et que l'avenir du monde se joue ici, à Berlin, 1945.
[b]Esthétique d'un témoignage oublié: [/b]
Steven Soderbergh se fend d'une nouvelle expérimentation en prenant un parti pris que seul lui pouvait imaginer: afin de faire entrer dans l'époque qu'il filme, il tourne le dos aux nouveaux styles ultraréalistes pour adopter une démarche stylisée à l'extrème. Non pas qu'il veuille critiquer le style d'un Spielberg, d'un Malick, ou d'un Eastwood. Son problème est ailleurs: comment travailler la matière filmique en prenant compte de son adéquation avec l'Histoire tout court, et l'Histoire du cinéma d'autre part ?
D'où un pari audacieux: filmer à " l'ancienne", en noir et blanc, mais avec les pellicules de l'époque, les focales, les optiques, l'ingéniererie du son, et l'éclairage de 1945. Ce qui a signifié pour lui et l'équipe technique, comme pour les acteurs, de retrouver la technique et le matériel de l'époque. A l'écran cela donne un effet assez impressionnant où Clooney est éclairé comme Bogart, où les images semblent surgir du passé comme un témoignage oublié. Soderbergh introduit d'ailleurs à plusieurs reprises des images documentaires tournées par Billy Wilder et William Wyler.
De plus, il s'inspire du fameux style Warner des années 40 (le comble pour un film warner des années 2000 ! ), et notament de Michael Curtiz, le Spielberg de l'époque, l'immense réalisateur de Casablanca et autres chefs d'oeuvres.
D'où une étrange approche du film pour le spectateur, entre une distanciation stylisée, et une immersion dans l'Histoire par le biais d'une cinéphilie réjouissante, malgré le propos très sombre.
Les amateurs d'éclairage comme moi seront scotchés par la beauté des lumières du films, la complexité de l'image, le travail sur la profondeur de champs.
Quelques exemples:
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Bien sur on atteint là un des sommets du maniérisme au cinéma, ce qui fait entrer Soderbergh dans la cour des Wenders et consorts (ce qui n'est pas un mince compliment ).
Mais sa grande intelligence est de ne pas en rester à une plastique visuelle déchargée de sens où le noir et blanc ne serait que prétexte. La forme s'accorde très logiquement au fond: le noir et blanc, ce n'est pas deux couleurs, mais un travail constant sur la nuance des gris qui vont d'un extrème à l'autre. Et le film parle justement de nuance, de complexité, de trahisons, de recherche de vérité (de lumière et de rédemption), sur le corps terrassée de la bête immonde nazie, noirceure absolue des chemises brunes.
Seule la référence trop appuyée au final de Casablanca crée une gêne, car le glorieux ainé supporte difficilement la citation. Mais au moins elle démontre toute la classe d'un Clonney, authentique Bogart contemporain.
[b]Relais de points de vue:[/b]
L'adaptation du roman se fait par une entorse narrative qui achève de complexifier le film en apparence. Il y a un passage de relais dans le scénario entre les trois personnages principaux, qui usent de monologues là encore directement inspirés du film noir. Mais la structure crée avant tout une tragédie en trois actes, dont chacun apporte des éléments de réponses au précédent. Le premier point de vue, celui du chauffeur de Geismer, le caporal Tully (joué par Tobey Maguire, l'interpète de Spiderman), pose les questions. Celui de Geismer (Clooney) ouvre la boite de Pandore à travers l'enquête et la quête de vérité absolue du journaliste. Celui de Lena Brandt (Cate Blanchett, interprète de l'actrice Katharine Hepburn dans Aviator) résoud l'énigme, ou presque. Et l'épilogue nous laisse à notre réflexion sur les enjeux contemporains du film concernant la guerre.
[b]Guerres souterraines: [/b]
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Espionnage rime souvent avec bataille des cerveaux. La dénazification a jugér les responsables du régime nazi, les criminels de guerre, les responsables de crimes contre l'Humanité. Mais elle a oublié les savants allemands, dont les connaissances technologiques étaient si importantes pour les américains comme pour les soviétiques. Le film lorgne évidemment vers Werner Von Braun, scientifique SS nommé par Himmler, et qui dirigea la construction des fusées V2. Cette fabrication se fit au dépents des déportés du camp de Dora, qui moururent par milliers dans l'horreur concentrationnaire de ce bagne, pour construire ces fusées. Von Braun, fut sauvé par les américains grâce à l’Opération Paperclip, et dirigea le programme Apollo de la NASA.
Le film évoque l'Opération Overcast, qui fut le premier nom de l'opération paperclip, preuve d'un soucis d'authenticité remarquable.
[b]The Good German[/b] remet en scène cette instrumentalisation de la victoire alliée (en taillant un short à Truman au passage dans une remarquable scène où Geismer fouille les archives pendant que le personnel écoute le discour du président américain sur la paix sans intérêt monétaire). Remarquable capacité du cinéma américain à regarder son histoire en face, et qui nous renvoie à notre propre époque, où la science, qu'elle soit arme ou prétexte, reste un des nerfs fondamentaux de la guerre.
[b]Pour finir:[/b]
Thriller qui prends son temps, portrait nuancé de personnages, film d'espionnage sur fond de début de guerre froide, réflexion sur la représentation de l'Histoire au cinéma, The Good German est tout ça à la fois. Avec une interprétation remarquable.
