[img]http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/18/35/18/16/18370241.jpg[/img]
[b]L'histoire:[/b] Krimo vit avec sa mère en banlieue. il décide de jouer dans une pièce de théâtre de Marivaux, montée par sa prof de français. Moins pour l'amour des lettres que pour l'amour de l'interprète principale, Lydia. Mais quand il tente de l'embrasser, elle l'esquive, voulant réfléchir. En s'exposant ainsi, il ne sait pas qu'il va entrainer un enchainement d'évènement qu'il ne poura plus contrôler...
[b]Le casting:[/b]
Krimo: Osman Elkharraz
Lydia: Sarah Forestier
Frida: Sabrina Ouazani
Zina: Hajar Hamlili
Rachid: Rachid Hami
Nanou: Nanou Benahmou
Le film d'Abdelattif Kechiche n'est pas un film [b]à discours[/b] ( soit à thèse, genre que j'aime bien d'ailleurs ), mais[b] sur le discours[/b]. Et particulièrement le discours amoureux, ou son impossibilité.
[b]Le film se déroule uniquement dans le cadre de sa banlieue.[/b] Pas de ville autre pour servir de contrepoint. Cinématographiquement parlant, il n'y a pas de hors-champs à la cité. Les remparts des immeubles fixent le cadre.
La représentation est réaliste, sans effets stygmatisants. C'est un lieu de vie où l'on s'aime et se déchire, qui a son langage, ses codes, comme les autres.
Dans ce lieu la culture classique et son langage vont s'immiscer à travers Marivaux. La culture classique peut-elle, doit-elle "sauver" ces jeunes si multiples, à l'individualité bien affirmée ? Est-ce la bonne question ?
Le problème est ailleurs. Comme l'indique l'ebourrifante analyse "marxiste" de la pièce par la professeur de français, chacun est déterminé par son conditionnement social, mais peut prendre la décision de changer son destin.
[b]Mais au théâtre rien ne se fait hors-public[/b], et dans la vie de banlieue aussi. Krimo passe pour une tarlouze aux yeux de son ami Rachid qui trouve plus normal de voler une bagnole que de jouer au théâtre, surtout pour se mettre à genoux devant une fille. Il le traite de bouffon, alors que précisément, Krimo joue un drôle d'arlequin. Krimo joue devant deux publics: celui de la pièce, et celui de ses amis.
Pour Krimo pourtant, le langage châtié de la pièce est avant tout une manière d'accéder à un discours amoureux qu'il est trop timide pour déclarer même dans son propre argot. Afin de communiquer sa tendresse, il usurpe un rôle qui exige de soutenir le regard des autres, et d'adopter un parler qui l'extraierait des codes habituels.
A ce jeu là, les filles sont plus courageuses que les mecs (je peux en témoigner).
Lydia ne mélange pas fiction et réalité. Elle a son rôle à coeur. elle ne l'instrumentalise pas, comme Krimo. Elle parle comme lui dans le quotidien, mais se métamorphose dès qu'elle endosse sa robe, mettant en scène Krimo, jouant de son éventail, ingénue et sincère.
Dans cet ensemble urbain immense, le cadrage des plans se ressere alors, sur son cou, ses lèvres, ses yeux, sa chair. Elle est vue au travers du désir de Krimo, qui voudra l'embrasser dans la répétition précise de la scène de l'esquive du baiser: Kechiche joue totalement sur l'intertextualité, entre langage argotique et classique, complexifié par le langage cinématographique manié avec une subtilité limpide.
Ne lui suffit-il pas d'une simple larme sur la joue de l'ex de Krimo ( excellente actrice ! ) pour laisser transparaître tout le déni de la force et de l'indifférence qu'elle affiche ? Une larme est un discours.
[b]
Kechiche ne se gêne alors pas pour montrer la coercition qu'exercent les garçons sur les filles.[/b] Rachid frappe Frida, autre interprète de la pièce, lui prend son portable, exerce du chantage, pour qu'elle convainc Lydia de chasser Krimo de cette pièce. Elle ne peut pas compter sur son frère protecteur ou ses parents qui l'engueuleraient s'ils savaient pour le portable. Alors c'est à Lydia qu'elle va faire des reproches. Logique implacable. La violence des paroles, constantes, fait affleurer une violence sociale sous-jacente qui détermine précisément tout. Marivaux a raison.
Et ce d'autant plus qu'elles réussiront à dépasser ces problèmes pourtant, en convoquant l'ex de Krimo, en montant surtout ensemble sur scène, autre lieu clos qui, par la simple frontière avec le public, permet de vivre une autre vie, de se détacher du quotidien, de s'accomplir, dans le plaisir partagé avec ce même public.
[b]"On s'est trouvé nous-même",[/b] dit un enfant qui joue une petite pièce. Métaphore pour ceux que la pièce de Marivaux aura aidé, illuminé, soit les filles. Mais la culture classique, tellement résonnante avec la modernité, ne peut ouvrir de portes à tous.
[b]Spoiler[/b].
Reste alors la misère amoureuse. Krimo, qui a finit par renoncer à jouer la pièce, ne surmontera pas le regard des amis qui paradoxalement ont changé de point de vue. Trop tard. Il ne surmontera pas sa timidité. Le texte du marivaudage qui lui servait à louvoyer se tait dans sa gorge, et quand Lydia, enfin, l'appelle, il se réfugie derrière ses rideaux.
L'enfermement de sa chambre est égayé par des dessins de bateaux que lui fait son père en prison. Des rêves d'îles et d'ailleurs. Kechiche n'a pas choisi ce thème pour rien.
Littéralement, Krimo n'a pas pu franchir le cap. Dans un langage de navigation, il a échoué. Comme une esquive...
[b]Fin du spoiler.[/b]
J'aimerais dire mon admiration pour les actrices et acteurs. Ils sont tous non professionnels, mis à part Sara Forestier, qui n'a fait que... deux figurations dans sa vie ! Abdellatif Kechiche a fait un travail d'une extrème complexité. Et croyez-moi, je sais de quoi je parle sur ce coup là :wink: !
Ce travail est d'autant plus méritant que le film fait 1 H. 52. Alors chapeau bas à toute l'équipe.
N'esquivez pas ce topic
. J'aimerais savoir ce que ceux qui ont vu ce film en ont pensé. :wink:
.