par tonnerre de brest sur 01 Nov 2005 8:25
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[b]Sam Sheppard et Wim Wenders[/b]
[size=150][u]II- Wenders dans "Don't Come Knocking"[/size][/u]
[u][b]4) La musique omniprésente chez Wenders[/b][/u]
Que la solution vienne d’une chanson relève d’une totale logique. On sait l’importance que Wim Wenders accorde à la musique dans ses films. Son premier projet de court-métrage tenait dans un écran rouge avec des standards rocks : la musique supplantait l’image.
Son premier film « [b]Summer In The City [/b]» n’est jamais sorti sur les écrans: et pour cause: Wenders y refuse tout récit et montre les pérégrinations d’un homme marchant dans la ville sur des airs rocks pendant 1 H.30. Manque de bol : il n’avait pas d’argent pour acheter les droits des chansons, et le film a été interdit. Mais moi je l’ai vu, hé hé, et c’est tout bonnement génial. Une indication qui concerne « Don’t come Knocking » : dans ce premier opus, un théoricien nous explique pendant dix minutes comment «[b] Le fils du Désert [/b]» (« [b]Three godfathers [/b]»), 1948, est une métaphore sous forme de western de l’histoire des rois Mages. John Ford, déjà…
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Ceux qui ont vu « [b]Paris-Texas [/b]» n’ont pas oublié la musique de Ry Cooder, et ceux qui ont vu « [b]Les ailes du Désir [/b]» n’ont pas manqué d’être frappé par la musicalité du texte, déclamé comme une mélopée.
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Un des plus beaux films de Wenders, "[b]Lisbonne Story[/b]", trouve sa plus belle scène dans l'élévation de la voix de la chanteuse de Madradeus. Un film dont le sujet est le son !
Et l’amitié de Wenders avec Bono et U2 est allée plus loin que les chansons, puisque Bono a inspiré l’histoire de « [b]The Million dollar Hôtel [/b]».
Sans parler du retour en grâce de Wenders auprès de la critique avec « [b]Buena Vista Social Club [/b]», etc.
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La musique est consubstantielle au cinéma de Wenders, pratiquement aucun de ses films n’y échappent : plus qu’un accompagnement, la bande musicale s’infiltre entre les cut, soutient le rythme, donne le « la » du visuel, habite l’image de son âme (cf « [b]The Soul of A Man [/b]», 2003). « [b]Don’t come Knocking [/b]» constitue un achèvement : la musique fait parti intégrante de l’histoire comme élément salvateur.
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A noter aussi le beau duo de Bono avec Andrea Corr au générique (entre irlandais…).
Pour la musique du film, ce n’est pas Ry Cooder qui s’y colle cette fois, mais T-Bone Bunet, et ses blues ironiques ou lancinants.
[u][b]5) Désolation de l’Amérique[/b][/u]
« Désolation » se prend sous deux acceptations ici.
La première est la fascination toujours intacte de Wenders pour les paysages sauvages de l’ouest américain. Les plans fixes ou en travelling, en vitesse normale ou accélérée, enregistrent la beauté pure d’une nature encore préservée.
En s’y attardant, dans une contemplation méditative, Wenders s’inscrit dans le registre de l’ontologie de l’image. Il filme ce qui est et le restitue : le temps capté, les paysages infinis, sont dans la pellicule (il est d’ailleurs important de rappeler que seule la pellicule permet cette approche philosophique, et le film a été tourné en S-35 Mm, format cinémascope désormais systématique chez Wenders depuis « End of The Violence »).
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Qui est le héros de « Don’t Come Knocking ? » : c’est cette Amérique là, qu’Howard Spencer, vecteur des rencontres mais surtout cow-boy du 19ème siècle traverse de sa silhouette mélancolique. Une Amérique oubliée.
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Rien n’est plus éloquent que cette scène où Tim Roth utilise son rasoir électrique en plein désert. Soudain, il l’arrête, et n’entend que le bruit du vent, le bruit du vide, le bruissement de cet environnement immense : il le remet, puis le stoppe encore. Un bruit électrique de la civilisation au milieu de nulle part : un plan saisissant montre sa prise de conscience : il s’avance dans le désert et crie « Hello ! ». Drôle et touchant, il fait l’apprentissage de l’Amérique rêvée d’Howard, et de Wenders.
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La seconde acceptation de « désolation » est justement la transformation du vide sauvage en chaos. Wenders ne regarde plus l’Amérique avec la fascination heureuse des années 70 et celle de « Paris-Texas ». Ni sur le plan du cinéma, ni sur le plan politique.
Première semonce : Howard en fuite est réfugié dans une grotte : « pourquoi ne puis-je pas être mort ? », souffle-t-il, déjà absent.
Mais soudain la caméra panoramique : ce n’est pas une grotte qui l’abrite, mais une autoroute où passent les camions et qui défigurent les paysages.
Seconde semonce : le personnage de Sutter, incarné à la perfection par Tim Roth. L’homme qui traque Howard a d’abord tout du « men in black », avant de devenir au contact de la nature un « men in blue ». La vielle école des cinéastes du passé est dépassée : maintenant, les assurances sont plus que jamais aux aguets. En dévoilant ce côté peu magique du cinéma, Wenders fait preuve d’un désenchantement mélancolique, où la rationalité bat en brèche le rêve. D’autant plus que Sutter est un homme particulier : sans ami, sans famille (alors qu’Howard tente d’en recréer une), parce qu’il refuse les influences extérieures. Tout ce qui n’appartient pas à sa vie réglée est « malsain ».
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[b]Tim Roth et Wim Wenders[/b]
Sutter revisite l’histoire de l’Amérique et de son « extérieure » : « Inquisition, invasion du Mexique, rien n’a changé ». Difficile de ne pas y voir un regard sur les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde, d’autant plus quand, dans une chambre d’hôtel où Howard séjourne, la télévision montre des images d’Irak (ou de Palestine). L’intégrisme, quelle que soit le bord, alimente les guerres de civilisation, et l’Amérique continue ses invasions d’expansion coloniale. Au temps du Far-west, la nouvelle frontière était précisément les contrées que les deux hommes traversent : l’ouest, l’Utah, le Montana, le Nevada. Puis il y eut la nouvelle frontière de l’espace.
L’Amérique rejoue toujours la même histoire. Quelles sont les nouvelles frontières ? Le Moyen-Orient, le monde ?
Heureusement, Wenders et Sheppard ont eu la bonne idée de donner à Sutter un aspect humoristique, totalement réussi dans la mesure où celui-ci passe par une naïveté à peine perceptible : Sutter est fasciné par la nourriture, les cookies de la mère d’Howard, les patates de Doreen : un être humain se cache derrière les lunettes noires… 8)
[u][b]6) L’effacement d’un personnage ou la nostalgie d’un rêve[/b][/u]
On a beaucoup comparé « Don’t Come Knocking » aux autres films sur la parenté présentés à Canne. Mais c’est là un microcosme circonstanciel. Il faudrait élargir le champ d’investigation pour voir à quoi ce film peut se rattacher.
Pour moi, la vraie comparaison tient avec le chef d’œuvre de Clint Eastwood, « Million Dollar Baby ». Savoir quel est le plus grandiose ne m’intéresse pas. En revanche, leurs connivences, si.
Wenders et Eastwood partagent un même processus créateur : ils travaillent tous deux sur la matière cinématographique. Là où Eastwood exploitent l’évolution de son propre corps filmé comme substance vectrice de sens, sa chair, son vieillissement pour exprimer son évanescence, Wenders travaille sur l’histoire du cinéma, et sa mythologie.
Le cinéma de Wenders est cinéphilique. Il faut lire entre les plans, regarder où il choisit de tourner, et avec qui. La présence d’Eva Marie Saint (la mère d’Howard) ramène dans son film toute une tradition : le cinéma des expatriés, comme Kazan, comme Hitchcock (comme Wenders), le cinéma des plus grands, tout simplement.
La présence de G. Kennedy, second rôle emblématique du cinéma américain, dans le rôle du réalisateur, relève et de l’hommage et de la citation, et de l’amitié. Wim Wenders fait même une courte apparition rigolarde dans l’équipe de tournage.
Après les acteurs, les lieux : aucune scène n'a été tournée en studio.
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Pour ce qui est des scènes de western, en réalité, Wenders n’a pas tourné à Monument Valley, le site sacré de la mythologie du western américain, où Raoul Walsh, John Ford, ont filmé (Eastwood aussi, sous la direction de Leone, autre cinéaste de la citation, mais dans le cadre du pur western).
Wenders a installé son équipe dans la ville de Moab, où John Ford a tourné également quelques uns de ses chef d’œuvres, dont « La charge Héroïque », (dont il faut absolument rappelé le titre anglais : « She Wore a Yellow Ribbon »).
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[b]La charge Héroïque - She Wore a Yellow Ribbon[/b] de John Ford, tourné à Moab - 1949
Le film dans le film qui est tourné dans « Don’t Come Knocking » l’est à Moab. Wenders a déjà eu recours à ce procédé du film dans le film dans « L’Etat Des Choses ». Mais ici, son choix est un anachronisme complet puisque plus personne ne tourne ce type de western (excepté ceux qui perpétuent le genre avec sincérité mais avec plus ou moins de bonheur comme Kevin Kostner, avec « Open Range »). D’ailleurs les dialogues du film sont surfaits et ne ressemblent pas aux films de Ford ! C’est plutôt la nostalgie du western qui est mise en jeu. Wenders fait d’une pierre deux coups : il s’inscrit lui-même dans la lignée des vétérans qui ont tourné à Moab. Ce n’est pas de la prétention : le film dans le film s’intitule « Le fantôme de l’Ouest ». Pour le cinéaste cinéphile, il faut travailler dans l’intertextualité.
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[b]L'Etat Des Choses - 1981[/b]
Il convoque le cinéma des Pères Fondateurs du cinéma américain, les Howard Hawks (tient, Howard, comme par hasard), les John Ford, les Raoul Walsh. La première scène du film est une scène de western, rappelons-le, où Sam Sheppard prête son attitude aux bons souvenirs de John Wayne. La dernière est une scène du film dans le film : Howard Spencer, dans un baroud d’honneur, rue avec son cheval. Il est définitivement redevenu un personnage de la représentation. Il s’efface du monde de la réalité pour se plonger à jamais dans celui de l’imaginaire. N’est-ce d’ailleurs pas un souhait de Wim Wenders lui-même ? « Je crois que je préfère le cinéma à la vraie vie », dit Sky. Elle parle pour Wenders.
Howard Spencer est vivant, mais s’efface progressivement du concret avec laquelle il a eu maille à partir. Il est vraiment un fantôme de l’ouest. Son voyage initiatique à Butte l’a rappelé constamment à ce retour inéluctable : un indien clochardisé (méfaits de l’histoire américaine, et figure du western) tire une balle dans sa monture, soit dans le pneu de sa voiture. Or, cet indien vit dans une caravane où est inscrit « Mayflower », nom du bateau des premiers conquérants du continent. Sa propre destruction originelle est inscrite sur son logis. L’histoire des Etats-Unis comme l’histoire du cinéma américain rattrapent Howard, une fois sa « mission » terminée.
Sans doute « Don’t Come Knocking » clôt-il un chapitre des relations tumultueuses de Wenders avec l’Amérique dont il chérit tant le cinéma, les paysages et l’histoire. Mais son Amérique rêvée se dérobe sous ses pieds. « Il ne reste plus rien à filmer », fulmine le réalisateur du film quand Howard disparaît. Wenders a épuisé ses songes. Il lui reste à partir sur un dernier hommage.
Et là tout le film trouve sa cohérence, du point de vue esthétique, du point de vue de la fiction. Il ne reste que la nostalgie d’un rêve, le rêve américain, le rêve hollywoodien pour Wenders, la nostalgie d’un amour qui n’a jamais existé, pour Howard.
[size=150][b]ATTENTION SPOILER FINAL :[/b][/size]
Face à cet effacement, les enfants, eux, incarnent une vitalité retrouvée : le dernier plan les voit partir dans la voiture du père d’Howard (transmission) chantant leur fameuse chanson « Où est Howard, qui est Howard ». Sur le bord de la route un panneau comme seul des gars comme Wenders ou Sheppard peuvent trouver : « Divide, 1 Km, Wisdom, 52 Km. ». La division (divide) après les retrouvailles, le fait d’être libéré d’un poids, peut les amener à assumer leurs propres vies, avec la sagesse (wisdom) en perspective. Divide existe bien sûr réellement : c’est la ligne de partage des eaux des U.S.A. …
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L'agent Squeulit pensait qu'il s'agissait en fait d'une pierre de forme triangulaire