Match Point de Woody Allen

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Modérateur: Amrith Zêta

Match Point de Woody Allen

Messagepar tonnerre de brest sur 17 Nov 2005 4:12

[b][size=150]MATCH POINT[/size] de Woody Allen[/b]

[img]http://eur.i1.yimg.com/eur.yimg.com/i/fr/mov/match.jpg[/img]

Avec:

Jonathan Rhys-Meyers : Chris Wilton
Scarlett Johansson : Nola Rice
Brian Cox : Alec Hewett
Matthew Goode : Tom Hewett
Emily Mortimer : Chloe Hewett Wilton
Penelope Wilton : Eleanor Hew

Résumé:

Chris Wilton aurait pu devenir une gloire du tennis mais la chance lui a manqué. Le voilà reconverti comme prof, enseignant son sport aux aristocrates anglais. C'est là qu'il rencontre Tom Ewett, qui le fait entrer dans sa riche famille, jusqu'à se marier avec sa soeur. Mais un trouble jette la passion dans ce devenir réglé comme une mécanique: Nola, la fiancé de Tom.
Etrangère, comme lui, (elle est américaine et lui irlandais), issue d'un milieu modeste, comme lui, elle devient vite un objet de passion.
Entre indécision et lâcheté, Chris va déclencher un engrenage dont il n'imagine pas la terrible issue.

[b]"Les gens n'osent pas admettre à quel point leur vie dépend de la chance, ça fait peur de penser que tellement de choses échappent à notre contrôle".[/b]

[b]Ce commentaire qui ouvre le film sur les allers-retours d'une balle de tennis au-dessus d'un filet donnent le ton.[/b] Passer d'un côté ou de l'autre, soit faire un choix... Avoir le retour gagnant ou perdant des actes qu'on provoque... Mais il y a-t-il un choix quand, dans un plan ahurrissant, la balle touche le filet et monte à la verticale sans savoir de quel côté elle va retomber ?
Ce début aura son pendant à la fin, mais d'une façon si inatendue que Woody Allen aura l'espace d'un film fait passer sa leçon existentielle de la théorie à la pratique, avec une cruauté qui se débarrasse de tous faux-semblants humoristiques.

[b]Si comédie il y a dans le film, il faut vraiment la chercher[/b], tellement l'humour se place en filigranne, comme en équilibre au milieu d'une répartie caustique. Ce qui rend d'autant plus fascinnant les dialogues. Car le film est avant tout d'une cruauté qu'on pouvait soupçonner depuis longtemps chez le cinéaste, mais qui jamais n'avait pris la proportion d'un tel enchaînement tragique et brut dans son oeuvre.

[img]http://eur.i1.yimg.com/eur.yimg.com/i/fr/mov/m/affic5.jpg[/img]

[b]Choisir entre le confort et la passion, entre exister et vivre[/b]. Le thème n'est pas original (au sens où il a déjà eté traité), mais comme toujours, c'est l'art et la manière qui transcendent ou pas. Et Allen transcende tout cela.

[b]La dichotomie du personnage de Chris [/b]apparaît dans une mise en scène elle-même constament duelle à travers chaque scènes et plans. Choisissant de raconter une histoire qui se passe sur un long laps de temps, Woody Allen fait se succéder des scènes clés séparées par de longues ellipses. Froides et lisses comme l'insupportable famille anglaise huppée, elle sont cependant agitée de l'intérieur par une force émotionnelle et sensuelle qui affleure parfois dans des dialogues bouleversant (comment Chris peut-il retenir le numéro de téléphone de Nola dans des conditions aussi rapides ? Comment peut-il mentir à sa femme si froidement quand la culpabilité le ronge ?).
Et comme une irruption lyrique, Allen filme l'abandon passionnel dans une scène bucolique, où les travelling soulignent admirablement la campagne anglaise, dans la contemplation d'une scène d'amour sous une pluie battante entre Scarlett Johansson, plus charnelle que jamais, et J.Rhys-Meyers, trop beau pour être honnête. Le plus beau plan du film, où pourtant tout le drame se met en place.

Entre la superficialité de la famille anglaise qu'il choisit pourtant de ne jamais condamner (après tout, seul Chris est responsable de ses choix) tout en écorniflant bien ses codes stupides, précieux et mesquins, la femme de Chris qui touche au pathétique, et l'innocence de Nola trop "singulière" (elle est actrice, ce qui est peu recommandable dans ce milieu), le film va jusqu'à son achèvement sans faire la moindre concession, humain et dévastateur, inhumain et d'une causticité cinglante.

[b]A cela il faut rajouter une bande son classique dont le souffle des vieux disques 78 tours marquent le film d'une empreinte singulière[/b]. C'est la voix de Caruso (1873-1921) qui chante, Verdi (la Traviata), Bizet (Carmen). Le ténor italien, spécialisé dans les rôles dramatiques, s'insinue dans les scènes comme le rappel constant de l'engrenage inexorable de l'histoire. Un opéra dégagé de fioriture, glacial parfois, où les fantomes s'invitent dans l'esprit d'un criminel pour faire un réquisitoire qui le poursuivra sa vie entière.

Si ce n'est déjà fait, courrez voir ce Woody Allen où le regard d'enthomologiste réussit l'exploit d'être toujours dans l'empathie pour quelqu'un.


[img]http://eur.i1.yimg.com/eur.yimg.com/i/fr/mov/m/photo23.jpg[/img]

Le dialogue que tout le monde retient, mais quel art du double sens !

Nola: "on vous a dit que vous avez un jeu très agressif ?"
Chris:"On vous a dit que vous avez des lèvres très lascives ?"
L'agent Squeulit pensait qu'il s'agissait en fait d'une pierre de forme triangulaire
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Messagepar Charisman sur 24 Déc 2005 1:17

[b]Match Point[/b] est cruel, du début à la fin, pour chacun des trois protagonistes. On se prend vraiment au jeu, et les deux femmes du film sont toutes deux craquantes. :roll: Sinon ça change radicalement du contexte new-yorkais cette histoire, intéressant. 8)
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Cruauté, compassion, critique

Messagepar tonerre de brest sur 24 Déc 2005 2:10

[quote="Charisman"][b]Match Point[/b] est cruel, du début à la fin, pour chacun des trois protagonistes. On se prend vraiment au jeu, et les deux femmes du film sont toutes deux craquantes. :roll: Sinon ça change radicalement du contexte new-yorkais cette histoire, intéressant. 8)[/quote]

Cruauté étonnante ou latente dans l'oeuvre de Woody Allen, qui s'affiche sans complexe dans ce film :?:
On se prend comme tu dis au jeu (de tennis) avant que ça ne devienne un jeu de massacre.
Comme tu dis aussi, les deux femmes sont craquantes, la rebelle comme la consensuelle. C'est le paradoxe du film: Allen porte un regard plein de bonté et de compassion, mais avec une cruauté inouïe. Car aucune perspective de bonheur ne se dégage de ce terrible constat. Cruel, mais critique.
tonerre de brest
 

re-zut !

Messagepar Guigui sur 20 Fev 2006 22:33

Encore un film que j'aurais aimé voir... Mais bon ça c'est vrai pour tellement d'autres films que je vais éviter de poster ça à tous les topics et me contenter de celui-ci :)
[url=http://forum.ouaisweb.com:/viewforum.php?f=77][b]Qui a dit que la fin du monde c'était pas télégénique ?[/b][/url]
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Messagepar Cresp0 sur 13 Jul 2006 12:41

Une anecdote amusante :
je suis allé voir ce film lors d'un premier rencart avec une très jolie demoiselle et je me suis surpris à être plus fasciné par miss Scarlett Johansson que par celle qui m'accompagnait. J'en ai presque oublié ce que j'étais venu faire là. :lol:
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