Rencontre débat autour du film "L'avocat de la terreur&

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Rencontre débat autour du film "L'avocat de la terreur&

Messagepar Gruicmaster sur 05 Jul 2007 13:44

A Dijon,ce soir l'Eldorado recoit maître Jacques Vergès pour le film "[i]l'avocat de la terreur[/i]".
Ce film, au travers de témoignages d'historiens, d'anciens terroristes, de journalistes, mais aussi du principal interressé, revient sur la vie de Jacques Vergès. Rappelons qu'il est l'homme à avoir défendu Barbie ainsi que de nombreux dictateurs africains. Il est l'éminence grise des tribunnaux, l'homme à la cigarette du barreau, l'avocat du diable.
J'ai déja eu l'occasion de voir ce film la semaine dernière mais si il reste de la place je me taperais l'incruste au débat. Pour ceux qui ne l'ont pas vu, je ne peux que vous le conseiller.

Quelques phrases marquantes du film :
[i]Q : -Défendriez-vous Hitler ?
R : - Je défendrais même Busch, à condition qu'il plaide coupable. [/i]

Vergès aux français d'Algérie : [i]" Pendant que vos ancètres ramassaient des glands dans la forêt, les miens construisaient des palais."[/i]
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Malhonnêteté visuelle

Messagepar tonnerre de brest sur 15 Jul 2007 4:31

Ce documentaire est uniquement un documentaire à charge, où le procès de Vergès est expédié à grands coups de généralités, et l'ingéniosité de Barbet Schroeder est d'apporter une carte confuse, mélangeant sentimentalisme, roublardise, et parfois de vraies bonnes informations. Aussi découvre-t-on, à travers l'apprentissage du futur avocat, la monstruosité coloniale. Sans condamnation ferme, puisque l'enjeu va être de savoir si oui ou non Vergès est lui condamnable.

Vergès tend volontier le baton pour se faire battre avec ses déclarations, cela fait parti de son jeu, mais la question est: le film permettra-t-il de mieux comprendre le personnage, son parcours, ses raisons d'agir ?
Je ne le crois pas, car ce film repose sur un postulat malhonnête, martelé de manière constante: maîte Vergès est l'avocat de la terreur, donc du terrorisme.

Parce que son enfance s'est passée sous l'égide d'un pays colonisé, Vergès utilisera les prétoirs français pour stygmatiser le comportement ignoble du colonialisme...

Je suis moi aussi choqué par la défense de criminels contre l'Humanité.

Mais là où je n'arrive pas à suivre, c'est quand la défense de Djamila Bouhired est qualifiée elle-aussi de défense d'une terroriste, avec une confusion permanente sur les mots. Djamila Bouhired, membre du F.L.N., qui aurait exécuté des attentats à la bombe, a été arrêtée par l'armée française et torturée avec la cruauté indicible des méthodes des paras. Le général Aussarès se gausse aujourd'hui d'avoir inventé de nombreuses méthodes et de les avoir exporté aux Etats-Unis, où la C.I.A. avait du retard sur les l'armée française !
Face à la répression des paras français, de leur occupation et de leurs actions, le combat de libération du F.L.N. s'apparentait-il à de la résistance ou à du terrorisme ?

Quand les nazis occupaient la France, ils nommaient les résistants des "terroristes".

Et il ne faudrait pas oublier (ça n'est pas oublié) que Vergès fut un résistant durant la seconde guerre mondiale.

Je refuse pour ma part d'assimiler la conquête de l'indépendance de l'Algérie à du "terrorisme". Même si le F.L.N. n'a pas toujours été glorieux. Et le film joue sur cette confusion permanente. Avocat de la terreur algérienne, Vergès sera l'avocat du terrorisme tout court, par haine du colonialisme. La plus grosse duperie du film consistant sans doute à nous faire passer cette idée sous une forme poignante et émotionnelle.

Et bien sûr la grande interrogation: qu'a fait Vergès pendant ces 8 ans d'absence: est-il allé aidé les kmers rouges ? Plusieurs hypothèses sont avancées mais on n'en sort pas plus informé.

Schroeder définit son travail par une approche subjective des choses, donc contestable. Soit, c'est honnête, et après tout une approche intéressante. Mais sans doute a-t-il oublié qu'une approche objective est également contestable par les autres, et que des méthodes plus scientifiques auraient été plus utiles pour un documentaire d'investigation, éclairant mieux le personnage: gros porc ou tenant d'un sacerdoce ? Ou les deux à la fois ? Comme si c'était si simple.

Comme la justice est une balance, il y a le film d'un côté et un livre de Vergès de l'autre qui y répond un peu (ouarf, je suis doué en jeu de mot à cette heure): "Que mes guerres étaient belles".

[b]L'Avocat de la Terreur[/b]: le titre lui-même est un manifeste. Le problème est que la simplification d'un dossier extrèmement complexe au point de vue international finit par donner un avis sourdement à charge, sans réelle profondeur.

Ce film est frustrant.


Gruicmaster, as-tu vu le débat et pourrais-tu nous en parler, toi qui semble aussi avoir, comme Schroeder, un avis a priori sur Vergès (Ca n'est pas un reproche ;)) ?
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Messagepar Gruicmaster sur 16 Jul 2007 14:49

Pour être honnète je te rejoins sur beaucoup de points. La lecture de son dernier livre me parait un complément assez fondamental. Toutefois ce film à la force de faire s'interresser les gens à des évènements passés sous silence pendant trop longtemps. Il est à voir pour ça. Pour faire connaître un combat qui a eu lieu alors que nous fêtions la fin de la "guerre".
Mes points négatifs sur ce film sont les suivants :
- faire ressortir l'idée d'une ligne blanche à ne pas franchir à la toute fin du film rend perplexe. A quoi fait-elle allusion ? A la légalité des démarches juridiques ? A l'éthique ? Aux relations avocat/client ?
Cette phrase a été retirée de son contexte par le réalisateur pour clôturer bizarrement le film.

- On passe trop vite sur le procès de Barbie en mon sens.

Maintenant Vergès est un personnage très complexe et fascinant et son combat est juste, mais je n'irais pas jusqu'à prendre parti pour lui sans émettre quelques distances. Certains points de son histoire me dérangent :
ll épouse 2 fois une femme qu'il défend. Il n'est alors plus un avocat impartial.
Quoi qu'on en dise, il l'a lui même avoué, il a fréquenté Pol Pot et c'est pas complètement clair cette histoire.

Enfin, étant doué d'un verbe supérieur au mien, passons maintenant aux propos de Vergès lors de cette conférence-débat qui a duré plus de 2h.
De nombreux points ont été abordés et je vais en oublier forcément.

Tout d'abord son avis sur le film :

"C'est un bon film, il met le doigt sur des choses importantes. Il y a des passages ou je ne suis pas d'accord avec le réalisateur, mais ce ne sont que des détails. Le fond du film me plait.
Les points auxquels je n'adhère pas sont les suivants :
- Il dit dans le film que je reviens en france avec une valise pleine de billets d'origine douteuse. Ce n'est ps le cas. Il s'agissait de petites coupures qui allait servir à un ami pour rémunérer ses déplacements en avion. Vous savez, quant on revient en France on ne s'amuse pas forcément à passer à la douane avec une valise pleine de billets.
- Je ne vois l'intéret de faire défiler une liste de dictateur à la fin du film. Sorti du contexte cela ne veut rien dire. Soit on les intègre au film soit on en parle pas."

puis des questions réponses qui me reviennent en mémoire :

Q- Comment avez-vous pu défendre de pareils salauds ? (cette question me fera toujours sourire)
R- Voyez-vous au regard de l'humanité certaines personnes sont des dictateurs. Mais en racontant leur histoire d'une façon différente on peut les voir comme des héros. Mussolini peut passer comme l'un ou l'autre selon la façon dont le récit est raconté.
Voyez-vous, on ne juge jamais les vainqueurs. Il est clair que si Hitler avait gagné la guerre, c'est Degaulle qui aurait été jugé pour terrorisme.
La chasse aux sorcières s'est fini. Nous n'allons pas brûler des individus sans jugement, ou alors M. vous devez changer de régime car ce n'est plus une démocratie.
Ce ne sont pas des monstres qui font ces actes. Dire que se sont des monstres c'est de la fainéantise. Car malheureusement se sont des hommes comme vous et moi. Nous devons essayer de les comprendre afin d'empécher que celà ne se reproduise à l'avenir.

Q- Comment pouvez-vous être ami avec Pol Pot ?
R- Je ne peux pas empécher les gens de croire qu'ils sont mes amis.

Q- Ou étiez-vous pendant votre disparition ?
R- Je vous le dirais le moment venu.

Puis des moments forts et des sitations de sa part :

"Je ne comprend pas pourquoi personne ne pose la vraie question. On apprend quelque chose d'inexcusable dans ce film. Une véritable révélation. On y apprend qu'un ministre, Michel Debré, a commandité le meurtre de 4 avocats dont votre serviteur, et personne n'en parle. Mais c'est le point culminant du film, une vérité effroyable."

"Je suis évidement contre les réformes de la justice qui sont en train de s'oprérer. C'est un retour en arrière."

" Un avocat qui décide de ne plus défendre ses clients c'est comme un médecin qui refuse de sauver des vies. Se ne sont pas des hommes, se sont des merdes ! Vous me demandez alors pourquoi je n'ai pas défendu Carlos ? C'est parcequ'il n'y avait aucun espoir. Sa défense ne tenait pas et je lui ai dit."

"Barbie n'était pas un nazi, il était flic à Lyon. Aussarès a fait plus de victimes que lui."
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Criminels de guerres

Messagepar tonnerre de brest sur 19 Jul 2007 4:58

Merci pour ta réponse et pour ce compte-rendu du débat auquel tu as assisté. :yeah: Finalement, tu as réussi à t'infiltrer !!!



[b]Gruicmaster a écrit:[/b]


[quote]Mes points négatifs sur ce film sont les suivants :
- faire ressortir l'idée d'une ligne blanche à ne pas franchir à la toute fin du film rend perplexe. A quoi fait-elle allusion ? A la légalité des démarches juridiques ? A l'éthique ? Aux relations avocat/client ?
Cette phrase a été retirée de son contexte par le réalisateur pour clôturer bizarrement le film.
[/quote]

C'est bien le problème d'un film qui entretient le flou et la confusion. Tout en étant pointu sur la jeunesse de Vergès, il finit par une accusation implicite que Vergès a lui-même remarqué lors de la conférence que tu rapportes:
Vergès: "Je ne vois l'intéret de faire défiler une liste de dictateur à la fin du film. Sorti du contexte cela ne veut rien dire. Soit on les intègre au film soit on en parle pas."

Pour moi, dans son réquisitoire, Schroeder franchit lui-même une ligne blanche à la fin. Il est donc gonflé d'accuser son sujet quand lui-même se passe à ce moment là d'éthique.

[b]Gruicmaster a écrit:[/b]

[quote]- On passe trop vite sur le procès de Barbie en mon sens.
[/quote]

Oui et non... Ce procès est le plus retentissant de l'histoire de Vergès. Il y a déjà eu de nombreux commentaires dessus. Ce n'était donc pas le moment de sa vie le plus "novateur" à décortiquer dans le film.
Je me souviens personnellement avoir excécré Vergès pour cette défense à l'époque... Je découvrais le personnage.

C'est là qu'on voit peut-être la ligne blanche de Vergès quand il dit:

"Barbie n'était pas un nazi, il était flic à Lyon. Aussarès a fait plus de victimes que lui."

Il aurait ramassé si j'avais été là ! La première phrase est inacceptable. Barbie était un nazi zélé, qui pratiquait la torture, la terreur, au service du régime. L'assassinat de Jean Moulin a été un coup rude porté à la résistance contre le nazisme (Rappelons qu'il devait regrouper les différents courants de la résistance, gaulliste, communiste, Combat, etc., dans un mouvement uni).

Quand on fait parti d'un système global, il est facile de parler du criminnel contre l'humanité comme d'un simple fonctionnaire. C'est l'excuse qu'ont invoqué Eichmann, ou, dans le cadre de la collaboration, Papon.

Le film ne pouvait guère aller plus loin, sinon en défendant les thèses de Vergès lui-même. Ce que dit Vergès dans la seconde phrase est important. Ce n'est pas tant le nombre de victimes qu'il faut soulever. Mais la participation d'Aussarès, ce chien, à la création de méthodes dupliquées en Amérique Latine (opération condor), dont celle dite de "la disparition". Elle a été inventée pendant la Bataille d'Alger, où les combattants F.L.N. ou simples sympathisants étaient arrêtés, torturés, et jamais rendus à leur famille (ce fut aussi le cas pour des français anticolonialistes).
Je ne crois pas avoir assez affirmé toute ma haine contre Aussarès et consorts, qui sont eux aussi des criminels contre l'Humanité, et que l'état français protège impunément.

Mais revenons au film sinon je devrai me modérer moi-même...

Ce qui est intéressant dans le film, ce sont les révélations fracassantes sur la façon dont Vergès a été une cible en effet (ce qui explique peut-être sa "disparition" par un retour au bercail), et on peut mettre cela au compte de Schroeder. C'est la dénonciation du colonialisme dans ses exactions banales et quotidiennes. C'est le rappel des guerres de décolonisation, et du rôle joué par le principal intéressé.

Ce qui est énervant, c'est la manière dont le réalisateur se fait à son insu le rapporteur d'un Vergès beaucoup trop fort pour lui dans les interviews. L'avocat est roublard et le réalisateur n'est pas à la hauteur. Le rapport de force entre cette partie "interview" et la partie enquête affaiblit de fait l'enquête. D'autant plus que certains "experts", à force de subbodorer, finissent par rendre flou le propos.

Enfin, le parti-pris de la subjectivité de Schroeder, s'il pouvait être admirable (j'aime bien les documentaristes qui assument), devient carrément un foutage de gueule, quand le film devient un procès. Si,ce procès était fondé sur une réalisation impeccable, une éthique parfaite, et une enquête pointue et précise, je dirais "bingo".
Mais le film fait appel à des méthodes qui créent de la confusion, et non de la compréhension, avec bien sûr la condamnation implicite de son sujet.

P.S.: Dans ce que tu rapportes de propos de Vergès, il a dit:

"Je suis évidement contre les réformes de la justice qui sont en train de s'oprérer. C'est un retour en arrière."

Sur ce coup là on ne peut pas lui donner tord... :roll: Mais bon, c'est H.S ...
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