LA BIBLIOTHEQUE IDEALE

Qui a peur d'Edgar Poe ?

Modérateur: Amrith Zêta

LA BIBLIOTHEQUE IDEALE

Messagepar torrance... sur 06 Mar 2004 18:12

Après La discothèque et La DVDthèque idéale, je lance un sujet hautement original, celui de "la bibilothèque idéale".
Comme pour les autres sujets, il s'agit de concentrer un peu les topics littérature (qui sont de plus en plus légion sur LVEI, oh bonheur) et de partager des goûts, des découvertes.
Il ne s'agit pas de faire un doublon avec "les livres à conseiller" mais plutôt d'encourager à donner son sentiment sur des livres et d'en faire des critiques.
Les reviews chères à notre N°6 national seront donc vivement encouragées ici. A la manière de "la discothèque idéale", il serait préférable que les livre cités soient vraiment décrits et rewiewés. Pas de title dropping, quoi. Je sais, je fais mon dictateur... [:D] En revanche, toute réaction sur un livre, même courte, est plus que recommandée si l'envie vous en prend !
Des reviews sur un bouquin, un auteur, un genre... Bref, la liberté et le bonheur totaux (oui, je sais c pas beau).
Evidemment, les amateurs de BD sont vivement encouragés à venir parler bulles...
Voilà, j'espère que ce petit topic nous permettra de discuter de bouquins avec passion !
Alors je commence avec un livre incontournable, j'ai nommé "L'inaccessible". Non, je déconne.

Je commence avec un véritable chef d'oeuvre :

A L'EST D'EDEN (1952)
de John Steinbeck

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Sujet : La saga de deux familles, les Trask et les Hamilton, de la Guerre de Sécession aux années 40.

Allégorie sur le Bien et le Mal et leurs différentes facettes, "A l'est d'Eden" est considéré comme l'un des meilleurs romans de John Steinbeck, prix Nobel de littérature en 1962.
Humaniste, défenseur de la cause ouvrière et romancier de génie, Steinbeck écrit ici l'un de ses romans les plus ambitieux.
En un peu plus de 700 pages, il aborde une multitude de thèmes universels allant de la relation père-fils, au poids du destin, à l'importance des choix, en passant par les affres de la culpabilité.
Résumer ce roman fleuve est une gageure difficile, tant ce bijou d'humanisme regorge de thèmes fondateurs et profonds.
En réécrivant l'histoire d'Abel et Caïn, Steinbeck livre en effet un roman complexe, où les sentiments humains ne sont jamais réduits à l'état de clichés ou de facilités. Rien n'est laissé au hasard et le temps fait plier de son poids tous les événements. A travers des personnages multi-facettes, des dialogues brillants comme personne n'en a jamais écrit, et des descriptions confinant au sublime (on sent littérallement les élémentes arides de la vallée de la Salinas sur nos joues), Steinbeck dresse un portrait à la fois cruel, réaliste, et aimant du genre humain. Ne délaissant jamais l'ombre ou la lumière, "A l'est d'Eden" esquisse un portrait exhaustif de l'être humain, dans toute sa laideur, dans toute sa beauté.
En faisant également une relecture ambitieuse de l'Ancien Testament, Steinbeck livre une vision audacieuse de la religion, où pardon et choix personnels prennent le pas sur culpabilité et soumission.

Je me rends compte que faire une review de ce livre est extrêmement complexe, tant ce livre palpite à chaque page, laissant une impression de chaleur, d'âpreté mais aussi de beauté insondable, de violence psychologique. Chaque page apporte son lot de réflexions philosophiques fines et justes, de portraits d'être humains communs mais extraordinaires, puisque chaque être humain est censé l'être, de par sa singularité intrinsèque.
Véritable thriller à l'échelle humaine, ce roman est un ouragan émotionnel, ne pouvant laisser absolument personne indifférent. Tout le monde pourra se reconnaître en chacun des personnages, de Cal Trask le rebelle en passant par Samuel Hamilton le fermier tranquille ou encore Lee, le majordome chinois. Et bien d'autres. Car "A l'est d'Eden", c'est aussi et surtout une galerie de personnages dantesques, où chacun a son importance, n'étant jamais délaissé au profit de l'un ou l'autre. Chacun d'eux étant une pièce d'un puzzle.

Autant le dire, j'ai lu ce roman 4 fois et chaque lecture m'a apporté des émotions supplémentaires, des moments de pure spiritualité. Chaque personne à qui j'ai passé ce livre l'a terminé bouleversé, renversé, profondément changé.
Car si ce roman étale tout ce que l'Homme peut avoir de mauvais, de sa cruauté à sa maladive tendance à se rejeter, il présente avant tout un espoir magnifiquement audacieux. Sans jamais être putassier ou mièvre (Steinbeck l'a-t-il déjà été ?), il nous rappelle ce que nous sommes, à notre échelle, des êtres doués de choix, capables de progresser, de se bonifier.
Sachant que ce pur diamant a été écrit au sortir de la Seconde Guerre Mondiale et de ses atrocités (de l'Holocauste à Hiroshima), le message de Steinbeck est d'autant plus troublant, fort, impressionnant, irrémédiablement juste.

Le film tiré du roman est à éviter inévitablement, n'ayant su rendre toute la profondeur psychologique des personnages, et l'ayant amputé de ses deux premiers tiers...

Mais jettez-vous sur ce chef d'oeuvre immortel de la littérature mondiale. Un livre qui devrait avoir été lu par chacun de nous sur cette planète. Un livre qui est définitivement à inscrire au patrimoine de l'Humanité.

Et si cette review ne vous a pas convaincu (parler de ce roman me bouleverse toujours trop pour être suffisamment exhaustif), eh bien, faites-moi simplement confiance. Car ce livre changera votre vie. D'être humain. Et de lecteur. Pour toujours.

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torrance...
 

Messagepar Dark Knight sur 06 Mar 2004 18:13

Pour ma part, je suis plus maniaque d'Heroic Fantasy!!! Je posséde une bonne partie des oeuvre de Tolkien, j'ai nommé "Le seigneur des Anneaux". J'aime aussi une lecture plus noir et gothique, pour cela, je vais lire beaucoup de livre de vampire et des trucs dans le même genre!!!

J'ai par exemple lu les 3 premier tome de "The Last Vampire" de Christopher pike. Il y a les chroniques des vampires de Anne Rice qui m'interesse. Toujours dans l'héroic fantasy, j'aimerai bien lire les Conan de E.Howard...

My blade sing for your blood mortal.
Dark Knight
 

Messagepar moon' sur 06 Mar 2004 18:14

On va commencer dans la simplicité et dans les PN de littérature ( 1976)

Le faiseur de Pluie, de Saul Bellow (1959)

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(note: j''ai lu ce roman il ya déjà plus d''un an, et n''ayant pas pu migrer avec ma bibliothéque, il se peut que certaines ellipses se soient glissés au sein de ce court résumé)

Autant le dire tout de suite, Saul Bellowadore les anti héros, avec lui pas de preux chevalier des temps modernes. Ce roman ne déroge pas à la régle, et on y retrouve comme personnage principal Henderson un milliardaire désabusé,devenu milliardaire presque par hasard. Son caractére détestable, il en éléve d''ailleurs, et colérique en font un personnage haïssable, mais envers lequel on ne peut pas ne pas ressentir de la pitié. D''ailleur lui même se hais, au point de vouloir fuir loin, loin de tout ce qui consititue sa vie, direction l''Afrique pour un voyage intiatique au cours duquel il est guidé par une seule pensée je veux.

Au cours de ce voyage il apprendra la sagesse, et en reviendra métamorphosé dansant avec un petit lionceau sur la piste d''aéroport en pleine extase.

En bref, on ne ressort pas intact de la lecture de ce livre, qui réussit quand même à faire passer un salop de premiére égocentrique et depressif pour un chic type. Si on rajoute à cela une pincée de choc des civilisations , il en ressort un livre dont la lecture est indispensable.

Alors oui le style de Bellow est un poil difficile au premier abord, oui il faut réussir à rentrer dans le chemin de traverse que nous montre l''auteur, mais une fois ces écueils pasés la lecture n,en est que plus jouissive.

Bonne lecture @ tous

moon ... qui va essayer de retrouver Au jour le jour pour en faire la review... j''aime les héros dépressifs

membre de l''association protectrice des sirenes :p

Edité par - moon le 24/01/2004 04:20:33
moon'
 

Messagepar mad' sur 06 Mar 2004 18:15

Allez, mon livre préféré :

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> Le Grand Meaulnes d''Alain-Fournier ;

et puis peut-être :

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> A l''ouest rien de nouveau d''Erich Maria Remarque.

Le premier parce qu''il correspond à une atmosphère personnelle onirique (je sais, c''est très subjectif), et le second parce qu''il m''a vraiment retournée, et agrandit la vision des choses, la vision sur le monde et les Hommes.

Et... bien-sûr :

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> L''Inaccessible, dois-je citer l''auteur ? Oui : Aurélien Allin ;), alias Torrance :)...
mad'
 

Messagepar little alien sur 06 Mar 2004 18:16

rhâa non là!! Je suis fâchée là Torrance!! Tu m'as enlevé le topic des doigts!! JE voulais le faire! Franchement, dans le genre transmission de pensée! Bon, tant pis, pour la peine, je ne parlerais pas de mes bouquins favoris! Bon, en fait, si, mais pas tout de suite!

la suite bordel, la suite...
little alien
 

Messagepar mad' sur 06 Mar 2004 18:17

je ne parlerais pas de mes bouquins favoris!

Si si, fais-le sur mon forum littérature ;) Tu sais où...

Sinon, ben, je ne l''ai pas oublié, et vous affirme que Poe dans la bibliothèque, c''est génial (bien la pub, non ?)

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(Et en anglais si possible !)
Surtout Eureka qu''il faut avoir, et lire !
mad'
 

Messagepar Jack the reticulan sur 06 Mar 2004 18:17

Mais il est très bien ce topic :D

Bon, ben je vais vous causer un peu d''un livre d''Amélie Nothomb, "Le Sabotage Amoureux" paru en 1993.

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L''histoire se déroule au début des années 70 dans le quartier des ambassades de Pékin. L''héroine en est une petite fille qui de 5 à 8 ans, va prendre part à une "guerre mondiale" à laquelle se livrent les enfants et va connaître une passion fatale !

Amélie Nothomb dit que, pour elle, l''écriture est un moyen de prolonger l''enfance. Eh bien Amélie joue les prolongations à merveille.
L''auteur dans ce roman autobiographique restitue parfaitement l''univers de l''enfance dans toute sa cruauté et ses merveilles, avec un style inimitable, incisif, concis, et un humour irrésistible.
Bien que l''héroine soit une petite fille, l''identification marche parfaitement même si l''on est un homme. J''ai trouvé dans ce roman ce genre de phrases dont on a l''impression qu''elles n''attendaient que vous pour être lues, qu''elles sont exactement ce que vous pensiez quand vous aviez 7 ans mais que vous n''aviez jamais su l''exprimer jusqu''alors. Bref, vous éprouvez un drôle de choc quand vous les lisez! :D

Quant à la Chine de Mao, elle y est ironiquement décrite grâce à l''emploi subtil de métaphores. On retrouve les thèmes chers à Amélie, notamment la fascination devant la beauté et la laideur.

En fait, je me rends compte qu''il est extrèmement difficile de parler de ce livre ! En tout cas, il fait partie de ceux qui ne m''ont pas laissé indemne, on ressort différent de sa lecture. Tous les ans, je le relis au moins une fois. C''est du bonheur imprimé sur du papier :)

JaCk

" VIVERE MEMENTO "

http://j.dreuille.free.fr
http://www.lvei.net/lawebserie/
Jack the reticulan
 

Messagepar Kri... sur 06 Mar 2004 18:18

Ah la la le grand meaulnes : comment c'est bien , ce bouquin !!!
Vu que ca fait très longtemps que je l'ai lu, je ne me souviens pas de grand chose, par contre je sais que que j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire.

@++,Kri...
Kri...
 

Messagepar Spiz sur 06 Mar 2004 18:18

A L'EST D'EDEN (1952)
de John Steinbeck


Je l'ai lu quand j'avais 15 ans, il y a donc en gros 10 ans.

Je l'avais à l'époque "dévoré" en une semaine. C'est l'un des seuls livres où j'ai eu une larme à oeil à plusieurs reprises tant les liens entre les persos et les émotions dégagées sont intenses. Je me sentais très proche à l'époque de Caleb : personnage au caractère fort qui se sensait exclu car tout le monde préférait son frère.

Je ne me souviens plus de toute l'histoire, mais ta review torrance m'a vraiment donné envie de me replonger dedans.

J'avais lu par la suite "des souris et des hommes" et "les raisins de la colère " du même auteur. Mais je les ai trouvé nettement moins intéressant qu'à l'est d'Eden qui reste l'un de mes livres favoris.

Puisqu'on est dans la bibiothèque idéle je conseillerai à tout le monde de lire le "fantome de l'opéra de Gaston" Leroux.

Sujet : Une jeune chanteuse prend des cours avec le mystérieux "Ange de la Musique"…. Derrière ce nom se cache en fait le fantôme de l’Opéra, un génie, défiguré et féru de musique qui hante le palais Garnier. Ce compositeur trouve en Christine son inspiration et manipulera tous les acteurs de l’Opéra pour la mettre en valeur. Quand il s’aperçoit que Christine est éprise de Raoul, la fureur s’empare de lui : il leur déclare alors la guerre, kidnappe Christine et envisage le meurtre de Raoul.

Je ne suis pas douée pour les reviews, je n'en ferais donc pas. Je vous conseille juste de le lire car ce roman dramatique en a envouté plus d'un, moi comprise . A lire impérativement :)
Spiz
 

Messagepar mad' sur 06 Mar 2004 18:19

le "fantome de l''''opéra de Gaston" Leroux.

C''est plutôt : "Le Fantôme de l''opéra" de Gaston Leroux... :)

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mad'
 

Messagepar moon' sur 06 Mar 2004 18:20

Ce soir on passe à un monument de la littérature française, j''ai nommé Jorge Semprun

L''Ecriture ou la Vie, Jorge Semprun (1994)

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Ce livre est à mi chemin entre l,essaie philosophique et le recit autobiographique sur son expérience des camps de la mort et de clandestin dans l''Espagne Franquiste.

Pour la petite histoire, ce livre aurait du s,appeler au départ l''ecriture ou la mort, mais le suicide de Primo Levy lui a permis de se rendre compte que l''ecriture au lieu d''être un moyen d''oublier rendait le souvenir encore plus vivace.

Résistant communiste, Jorge Semprun a été interné dans les camps à l''age de 20 ans em 1943, il y est resté presque 2 ans.
Je ne parlerai pas plus du récit en lui même, cela gacherait le "plaisir" de lecture. Quiconque commence la lecture de cet ouvrage aura forcement uen vision différente de la vie. Car lui à 20 ans, ça pourrait etre n''importe lequel d''entre les personnes ki frékentent ce forum ( moyenne d''age devant tourner autour de 20-25 ans).
Sans compter l''aspect inhumain de ce récit (la persistence du régime franquiste n''est elle pas paradoxale et significative du cynisme des hommes ?), Jorge Semprun m''a permis de découvrir des poétes tels aue René Char, Jules Laforgue et Paul Celan qui comptent parmis mes poetes préférés ( surtout Paul Celan en fait :p )

Bref, par son style atypique (livre de témoignage ou pas ?) et une plume précise l''auteur nous emmene dans un univers glauque et morbide.

En me relisant je me rend compte que je ne sais vraiement pas faire une review mais bon.. à partir d'aujourd''hui ça sera ma marque de fabrique, réussir à faire des non reviews ;D

membre de l''association protectrice des sirenes :p
moon'
 

Messagepar retro' sur 06 Mar 2004 18:20

J'ai pas le scan pour vous mettre les couv' donc vous n'aurez que les titres:
LISEZ:
-La chronique des vampires (anne Rice)
-L'insoutenable légèreté de l'etre (Milan Kundera)
-Le petit prince (pas besoin de vous dire de qui)

J'en ai plein d'autres encore...
Je ne vous met pas de resumé, parce qu'ils ne sont pas resumable. Mais quel livre l'est? Ce qu'on en a retenu n'est peu etre pas ce que vous en retiendrez...

Retro...X-philosophiquement bien

Mon empire pour un autre "LE SHERIF AVAIT LES DENTS LONGUES"
retro'
 

Messagepar moon' sur 06 Mar 2004 18:21

Le principe c'est justement de prendre un livre et d,essayer de faire pas forcement un résumé, mais un court commentaire, bref de donner envie de le lire ;D

membre de l'association protectrice des sirenes :p
moon'
 

Messagepar mad' sur 06 Mar 2004 18:21

J''''ai pas le scan pour vous mettre les couv'''' donc vous n''''aurez que les titres

Y''a mieux que le scan... Tu vas par exemple sur http://www.amazon.fr, tu fais ta recherche de livre. Lorsque tu l''a trouvé, tu cliques sur la couv'' avec le bouton droit de ta souris, Propriétés > tu sélectionnes l''adresse URL entière (sur amazon elle est longue, attention, faut aller jusqu''au bout, même ce qui est caché), tu copies, et en revenant ici, tu la colles entre les 2 img que tu obtiens en cliquant sur Image. Voilà ! ;)

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mad'
 

Messagepar LeM sur 06 Mar 2004 18:22

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Je ne sais que dire de ce bouquin, il me laisse sans voix... Une deuxième lecture est quand même nécessaire pour comprendre tous les aboutissants.

(o: LeMartien :o)
LeM
 

Chuck Palahniuk, la review

Messagepar torrance sur 30 Mar 2004 1:17

Bon je sais que cette review (c'est pour toi N°6) aurait plus sa place dans le topic "livres à conseiller" mais bon... tant pis.

CHUCK PALAHNIUK

1/ FIGHT CLUB (1999)

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Ce livre est passé à la postérité grâce au film éponyme de David Fincher. Lorsque Fincher le lit, le bouquin n'est pas encore sorti et le dévore en une nuit. Au petit matin, il appelle son agent et la productrice de la Fox qui lui a conseillé de le lire... Fincher est prêt à vendre sa mère pour réaliser ce film. Pourquoi ?
Car "FC", le livre, est une bombe atomique, au moins autant que le film qui l'a suivi.
Après avoir vu le film, je me suis rué sur le bouquin, qui venait de sortir en France, chez Gallimard et le choc a été intense, même après avoir vu le film. Pourtant, le film y est si fidèle que l'on peut dire que c'est une des meilleures adaptations qui ai jamais été faite (avec "High Fidelity" de Nick Hornby).
Un choc. Car Palahniuk développe ici une langue et une littérature de l'an 2000. Là ou Easton Ellis se penche sur de nombreux détails, sur de nombreux personnages dans des livres somme, Palahniuk va à l'essentiel.
Le perso principal n'a pas de nom.
Les phrases sont courtes, tranchantes comme un scalpel. Il répète les mots, les met à la ligne et peu à peu, nous met dans la tête perturbée du Narrateur. Peu à peu, Tyler Durden apparaît, comme une tumeur dans la vie de Narrateur, puis lui fait voir un autre pan de la société.
La fureur qui se dégage des mots de ce bouquin est indescriptibles. Les combats sont décrits avec tant de hargne mais en si peu de lignes...
Le style Palahniuk est né avec FC et il est sans doute LE style du nouveau millénaire. En privilégiant une écriture rapide et concise, où les phrases s'enchaînent pour mieux s'entremêler, Palahniuk décrit à la perfection ce qu'est devenu le monde moderne : une boule tournant sans jamais s'arrêter, où plus rien n'a de sens, où plus personne ne sait où aller.
Le propos est brillant, intransigeant, violent, subversif... Le style l'est tout autant.

Soyons clairs : FC est l'un des chef d'oeuvre moderne de la littérature américaine moderne. Aux USA, les plus grands écrivains frémissent et attendent que Palahniuk fasse ses preuves mais déjà, le plus grand d'entre eux, DeLillo adoube son poulain, de façon implicite.
Palahniuk, c'est le DeLillo des années 2000, mais ses propos philosophiques et ses réflexions sont véhiculées par un cynisme sans nom, une violence à fleur de peau que chacun d'entre nous peut ressentir, mais aussi par un humour hilarant.

Bref, FC est à lire, relire, rerelire... Aussi puissant que le film.

2/ SURVIVANT (2001)

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SUJET :
Tender Branson est dans un avion qui est sur le point de s'écraser. Il va nous raconter son histoire : celle d'un rescapé d'une secte vouant un culte à la mort, qui, par des circonstances troubles va se retrouver sur le devant de l'actualité...

Mon résumé est trouble, mais il serait insupportable d'en dire plus car cela serait trop !
Autant le dire tout de suite, j'attendais le second roman de Palahniuk avec fébrilité et lorsque "Survivant" est sorti en France, en mars 2001, mon coeur basculait entre excitation et peur de la déception...
Mais volilà, "Survivant" est meilleur que "Fight Club". Palahniuk a gommé les éventuelles erreurs de FC pour en faire des forces. Son style découpé et tranchant, où les mots se répètent à la ligne, parfois à l'infini, est ici décuplé, en une sorte de mantra spirituel et malsain.
La force de "Survivant" est d'abord dans son sujet : là où FC analyse la rebellion de trentenaires réalisant "qu'ils ne pourront jamais être rock star alors que la société le leur a fait croire", Survivant, lui, décrit avec jouissance et perversité les rouages viciés du star system et de ses implications. Survivant, c''est une critique avant l'heure de la célébrité à deux sous, celle que l'on obtient sans effort, sans talent. Prophétique et profondément offensif, Survivant vous fera hurler de rire tant Palahniuk pousse la caricature loin. Mais la justesse de cette caricature lui permet aussi de vous faire sombrer dans des moments inquiétants où mort, sexe, cultes religieux s'entremêlent...

Foncièrement trippant et original, Survivant est de loin le meilleur roman de Palahniuk, mais pour moi, il est surtout le meilleur roman écrit depuis 10 ans. Sans rire.
Lire ce bouquin a été pour moi un catalyseur. Après l'avoir fermé, je me suis juré de ne plus jamais remettre au lendemain mes rêves d'écriture, peu importe mon talent. Quatre mois plus tard, j'en avais fini avec mon premier roman conscient qu'il fallait que je sorte le plus de choses d''un coup. Voilà ce que j''ai appris de Palahinuk : vomis tes tripes dans ton premier roman, peu importe la qualité. Et met tout ce que tu as dans le second. Le second, voilà trois ans que j'y travaille. Alors certes, je n'arrive pas à la cheville de Palahniuk mais cet auteur a changé ma vie.
Et changera la vôtre, promis.

P.S : Survivant est original jusque dans sa forme... Vous verrez que dans ce livre, les nombres ne se suivent pas comme dans un livre normal... Mais chut ! découvrez tout ça par vous même...

3/ CHOKE (2002)


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SUJET : Choke, c'est l'histoire de Victor Mancini, drogué du sexe, qui partage sa vie entre un boulot merdique dans un parc d'attraction médiéval, ses réunions de Sexooliques anonymes et son loisir préféré. Ce loisir : s'étouffer dans les restos pour que quelqu'un le sauve. L'empathie victime-sauveur est le loisir de Victor...

Si vous avez aimé FC et Survivant, il vous faudra deux lectures pour aimer celui là.
De prime abord moins bon que les deux premiers, Choke devient vite un tourbillon hypnotique quand on se penche fermement dessus.
Nihiliste à souhait dans son propos, ne lésinant ni sur le cynisme le plus ignoble, ni sur les scène de cul les plus poussées (sans compter les hilarantes confessions des Sexooliques Anonymes !!), Choke est une bombe à retardement. C'est quelques jours après l'avoir fini, qu''il vous sautera à la gueule, lors de moments quotidiens anodins ou intimes...
Au resto avec vos potes, ou au lit avec votre douce, ou au boulot à une réunion... Choke viendra sonner quelques clochettes malsaines au fond de votre boîte cranienne...

Niveau forme, Palahniuk abandonne un peu son style tranchant et découpé pour adopter un style plus classique (bien que toujours aussi incisif) qui rappelle parfois du Hubert Selby Jr (gros compliment). Déception formelle qui devient rapidement une force, Palahniuk s'affranchissant de ses tics pour aller vers quelque chose d'encore un peu plus brut dans le roman qui suivra...

Choke est un roman provocataur, agitateur, fondé sur le désespoir et le nihilisme, sur la perte des repères familiaux, sur le dérèglement émotionnel des sociétés modernes.
Quel grand roman. Moins percutant que FC, moins flashy que Survivant mais un putain de grand roman. A vous de juger, maintenant.

4/ MONSTRES INVISIBLES (2003)

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SUJET : Shannon a tout pour elle : mannequin, jeune, jolie, maquée et entourée d'amis. Un équilibre qui va voler en éclat le jour où elle reçoit une balle perdue et se voit défigurée à vie. A l'hôpital, elle rencontre le transexuel Brandy Alexander, qui va lui faire découvrir un monde invisible, fait de monstres rejetés par toute une société...

Palahniuk continue ici son analyse du monde de la célébrité. Avec une aisance sans pareille, il parvient à nous dégoûter de ce monde people en quelques lignes. Pour rapidement gangréner vers le monde entier... Encore une fois, les persos sont des parias qui vont se battre pour exister.
Mais chez Palahniuk, rien n'est beau, rien n'est facile. Car les parias ne peuvent se battre avec des armes utopiques. Alors ils utilisent leur invisibilité pour flouer le monde, le pervertir...

Roman déconcertant mais surtout extrêmement déstabilisant par son propos et son déroulement, "Monstres Invisibles" finit d'asseoir la grandeur de son auteur.
Ecrit comme un magazine de mode, avec renvois de pages et autres gimmicks hilarants, "MI" fourmille d'idées stylistiques. Le style tranchant de Palahniuk trouve ici son apogée, tant le monde de la mode et ses préceptes définitifs s'y accordent bien.

Comme ses autres romans, "MI" est difficile à critiquer car en parler, c'est le déflorer. Alors pour vous éviter de découvrir ce que certains ont eu le malheur d'écrire dans les journaux (honte à eux de déflorer autant de choses tout ça pour écrire une belle critique), je vais me taire et juste vous dire : MI est à nouveau un putain de grand roman, où Palahniuk parvient à renouveler son style, renouveler son propos, où chaque page vous fera frémir d'effroi, de rire cynique. Vous hocherez la tête d'acquiescement. Vous ne pourrez croire à tant d'ignominie. Et pourtant, en le refermant, à la fin, vous ne pourrez vous séparer de cette histoire. car comme tous les Palahniuk, elle vous hantera pendant de longues semaines....


Voilà pour ses romans sortis en France.
Son prochain "Lullaby" est prévu pour février mars 2004 mais peut déjà se trouver en poche américain. Personnellement, je ne l'ai pas lu car je trouve que son style est devenu si précis que le lire en anglais me prive de quelques subtilités (hé non, je ne suis malheureusement pas bilingue comme toi N°6 !).


Mais voilà, ça y est, je l'ai lu !! Puisque ce post datait de septembre 2003 sur le vénérable LVEI Forum, j'édite le message et ajoute ma petite review de "Lullaby", traduit "Berceuse" en France.
A peine sorti, déjà acheté et lu en deux jours (deux nuits plutôt)...
C'est parti :

5/BERCEUSE (2004)

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Sujet : Carl Streator, journaliste d'une quarantaine d'années mène une enquête de fond sur la mort subite du nourrisson. Il comprend que tous les parents ayant perdu leur enfant de la sorte ont en fait lu à leur bébé une berceuse tirée d'un livre de comptine très précis. Carl comprend peu à peu le pouvoir mortel de cette berceuse...

Là encore, je ne fais qu'un résumé sur les 40 premières pages, histoire de ne pas vous dévoiler l'entièreté de l'intrigue et vous laisser découvrir ce livre dans tous ses méandres et dans toutes ses surprises.
Evitez d'ailleurs de lire le résumé de quatrième de couverture car je le trouve trop complet....

Alors ! Où en est-on avec Palahniuk ?
Eh bien force est de constater que le monsieur n'a pas perdu la main. On pouvait redouter que l'aspect surnaturel voire mystique du sujet soit trop éloigné de l'univers habituel de Palahniuk. Même si ses livres ont toujours fleurté avec l'extraordinaire et le marginal.
Honnêtement, ce livre aurait pu être un XF ultime. Sans rire.
On y trouve à nouveau le style tranchant et brut de Palahniuk qui évolue toujours, créant de nouveaux gimmicks d'écriture et de nouvelles manières de détourner l'attention du lecteur, et de l'embarquer dans un voyage littéraire absolument passionnant. C'est simple. Chaque chapitre est un thriller en soi, tant Palahniuk sait ménager la tension et le morbide des situations. De sorte qu'il est impossible de s'arrêter de lire.
Mais la grande force de ce roman, outre son style imparable et toujours aussi original, c'est sans conteste les messages sous jacent. Nombreuses sont les pages où Palahniuk livre un regard désespéré sur le monde actuel. Cynisme et mélancolie sont ici mêlés pour dépeindre la corruption morale, économique et mercantile de nos temps modernes ("Fight Club" n'est d'ailleurs pas toujours très loin...)
En stigmatisant également l'hystérie sécuritaire, Palahniuk livre une analyse démentiellement noire des sociétés dites démocratiques. D'autant que le monde tel que Palahniuk le décrit si la berceuse était dévoilée publiquement est si terrifiant que "1984" n'est pas loin. Big Brother est d'ailleurs maintes fois cité ici, mais d'une manière fine et intelligente où Palahniuk se penche à nouveau sur nous et notre présent plus que sur un futur quelconque. Scary. Car que ce serait le monde si toute oeuvre était suspectée d'être mortelle comme la berceuse ? On brûlerait toutes les oeuvres trop agressives et sombres et underground par peur qu'elles soient mortelles. Et on aurait le silence et des "oeuvres" contrôlées, surveillées, marketées... cela ne vous dit rien ???
Bref, si ce ne sont que des détails dans un roman de 315 pages, l'univers développé autour et les questions posées sont passionnantes.
Enfin, d'un point de vue purement narratif, ce roman est brillant. L'histoire est intelligente, sombre, glauque, drôle, cynique, prenante... Bref.
"Berceuse" est donc à nouveau un bijou. C'est énervant, mais je ne vais pas dire que c'est moyen juste pour éviter de passer pour un fan transi... :wink: Evidemment, la presse ne partagera pas cet avis, mais lisez cet auteur et vous pourrez voir devant vos yeux éclore un auteur important et fondateur dans la description des années 2000. A lire de toute urgence, après avoir lu ses 4 premiers romans (pour voir l'évolution et la prégnance de ses thèmes)...
Régalez-vous... Moi, je vais devoir attendre un an ou deux avant le prochain... :evil:


En tout cas, j'espère que ces petites reviews vous auront suffisamment intrigué pour que vous vous jetiez sur les romans du grand Chuck !
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torrance
Ecrivain psychopathe
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