Merci, Mad, pour cette analyse qui laisse pantois.
Je comprend mieux pourquoi le syndrome de Sthendal ne peut pas fonctionner avec ce tableau.
Cet homme avec sa fourche semble en interdire l'accès, verrouiller les clefs, comme une menace.
Le tableau arrive à créer une sorte de frontière frontale, comme s'il effaçait la perspective, alors que celle-ci est bien présente avec cette ferme à forte connotation religieuse et effectivement cette fenêtre qui qui devient l'objet d'une attention centrale. Mais la ferme est également de face. Il n'y a pas de lignes de fuites, de perspectives au sens propre. Ce qui crée ici le relief est la séparation en trois plans qui espacent les différents éléments de composition: l'homme et la femme, la façade de la ferme, et la colline et le bois derrière. Quand je dis qu'il n'y a pas de lignes de fuite, cela est presque à prendre au pied de la lettre: il n' ya pas d'échapatoire.
J'ai l'impression que le peintre a voulu créer une sorte de décalage dans l'apparence de l'homme par rapport à l'activité qu'il est censé exercer. Il ne semble pas habillé en veste de travail. Son costume sonne faux avec la fourche. Comme si le tableau se référait à la photographie de portrait où l'instrument de travail est un élément signifiant du caractère social des personnages.
Quant au regard de la femme, il contient une détresse, un reproche, tellement implicite que si tu ne l'avait pas expliqué il pourrait passer pour de la rudesse. Alors qu'il est lourd comme une rancoeur muette.
Cet aspect frontal marque une opacité complète puisqu'aucun interstice ne permet d'entrer dans l'univers du tableau. Mais cette opacité est si lourde qu'elle devient l'expression même de l'interdit.
Il y a quelque chose d' imprécatoire dans ce tableau.
Dis-moi si j'ai bon :wink: ...
L'histoire des sorcières de Salem est effectivement bien connue. C'est une étrange importation européenne dans cette Amérique de l'Est où décidément la violence, même sous un autre visage que dans l'Ouest, a marqué la culture américaine.
[quote]Malgré tout, ceci ne fait pas de ce tableau une œuvre gothique[/quote]
Comment se définit alors précisément le gothique américain, et pourquoi cette appelation de gothique ?
Comment définirais-tu le gothique version Shyamalan ? Car il existe un courant cinématographique américain dit "gothic", qui n' a pas laissé de chefs d'oeuvre impérissable ( mais je ne le connais guère, il faut dire ). Je pose cette question en dehors des thèmes abordés, mais plutôt sous l'angle formel. Le sentiment rigoureux qui ressort de "Signs", pour ne pas dire rigoriste, avec les statures que prend Mel Gibson en permanence en est-il un signe ? L'habitude qu'a MNS de cadrer ses personnages dans des poses figées aussi ?
Je veux dire par là que le plan cinématographique implique un relief et un contrechamps, et je me demande comment selon toi il inscrit une esthétique gothique dans cette espace en trois dimensions et soumis à la continuité des plans. Elle est vraiment très intéressante, ta vision.



J'ai sauté sur l'occasion !