par Erika sur 07 Mar 2004 15:01
Au sujet du style de Lynch, je ne pense pas que ce soit accessible à certains et pas d'autres, je pense simplement qu'il faut se plonger dedans, se familiariser avec son univers pour arriver à y trouver ses repères. Certes ce n'est pas un univers facile où tout est fléché dans la langue de tous les jours, mais en s'y intéressant un peu, on peut apprendre la langue!
Sinon, vous m'étonnez avec votre histoire d'image télévisuelle! L'esthétique de ce film est parfaitment léchée, les images sont fignolées, le rendu est magnifique! où est-ce que vous voyez du téléfilm là dedans?
Et puis tiens, ce week-end, il m'est venue une autre idée d'interprétation! Je ne dis pas que c'est celle là ou la première, ce sont deux interprétations, qui ont chacune leur charme, leur intérêt, leurs possibilités, et personnellement je ne choisis pas, je prends les deux, c'est aussi un avantage de Lynch: s'il y a plusieurs explicaitons on n'est pas obligé de choisir, on peut toutes les garder!
Voilà, elle est peut-être un peu moins cohérente que l'autre explication (c'est son inconvénient) mais elle donne une autre dimension au film (c'est son avantage).
Je pense qu'il est possible qu'au moment où ça bascule dans la seconde histoire, quand Diane meurt, il est possible que ce ne soit pas un rêve, mais une nouvelle vie, un nouvel univers, tout aussi réel qui se crée de par la volonté de Diane. Parce que son obsession était tellement forte, qu'elle a eu le pouvoir d'un démiurge, elle a capté tous les éléments, les personnages, du premier univers (celui qui ressemble à la réaité, au nôtre) et les a réassemblés pour en reconstruire un autre, où les choses sont un peu plus bizarres, glauques, parce qu'il est issu de son esprit dérangé, où les personnages se débattent entre leur nature propre et la volonté de Diane, ce qui les rend à la fois pareils et différents par rapport à ce qu'ils étaient dans le premier monde. Et puis finalement la réalité initiale rattrappe Diane et le monde qu'elle avait voulu créer, peu à peu les choses reprennent leur place initiale, normale, leur place à elles. Quelques indices en faveur de cette interprétation: ce second univers débute par deux événements sans antécédents, comme deux naissances: l'arrivée de Diane à Los Angeles en sortant d'un avion dans une grande clarté avant laquele il n'y a rien, et l'accident de voiture de Rita qui la laisse amnésique après un incendie, parce que Diane veut une histoire qui débute pour toutes les deux ensembles. Et puis Coco que Diane veut d'abord bienveillante, mais qui peu à peu cherche la petite bête. Et puis les événements de l'autre monde qui s'immiscent peu à peu dans le nouveau (le nom de Camilla Rhodes, les films d'Adam, le nom de Diane Selwyn, le lieu où elle vit, sa voisine, et finalement son cadavre, puis Betty et Rita qui font l'amour, et enfin les cheveux blonds de Rita qui sont l'image de cette brèche irrésistible qui finira par faire s'écrouler la muraille), que Diane tenait ensemble depuis le départ qu'au prix de tricheries (le cow-boy, les frères Machin, et compagnie) arrive de moins en moins à tenir dans son emprise, et finit par tomber en morceau, par céder sous les coups de boutoir de la mémoire inconsciente de cette vie antérieure qui reste malgré tout ancrée dans chaque personnage et qui est finalement plus forte, preuve éclatante et tragique que l'on n'échappe pas à ses démons quelle que soit la force qu'on y met (coucou Dale!)!...
Voilà, c'était le supplément analyse du lundi! Bonne soirée à tous les névrosés!...
Erika, ki merci, ça va!
***Le seul moyen de se débarrasser d'une tentation, c'est d'y succomber! OW***