Bah je n'ai pas encore lu les critiques, mais je sais que j'ai plutôt bien aimé ce film. Le scénario est intelligent, la mise en scène efficace et élégante, le score (signé Klaus Badelt) approprié, et surtout, surtout, le duo d'acteur est formidable. Al Pacino est magistral (sans blague), et Colin Farrel mine de rien tient bien le haut de l'affiche. Il y a beaucoup de jeunots aujourd'hui à Hollywood que je n'apprécie pas ou peu, mais Colin Farrel je trouve qu'il le fait bien, que ce soit dans "Hart's War", "Minority Report" ou donc "The Recruit". Les personnages qu'interprètent pacino et Farrell, et en premier lieu celui de Farrel, sont adroitement définis et développés, ils ne sont en aucun cas stéréotypés, ne tombent jamais dans les archétypes qu'on aurait pu s'attendre à trouver dans ce type de film et dans le type de personnage qu'ils interprètent (le jeune héros un brin naïf, le vieux de la vieille de la CIA). La psychologie est là (sans pour autant être très utilisée, ne rêvons pas), pour le héros comme pour les persos secondaires, même s'il faut attendre un moment avant que les motivations de tel ou tel ou personnage ne s'éclaircisse et que donc la personnalité de celui-ci ne se dévoile.
Car ce qui est amusant avec le scénario est qu'il s'agit d'un scénario à tiroir : les rebondissements se succèdent à un rythme soutenu, on est baladé complètement de bout en bout, le scénariste brouille les cartes continuellement, et le grand adage du film, les apparence sont trompeuses, est bien exposé par le scénario (on se demandera tout du long si ce à quoi nous assistons est du sérieux ou si tout cela est un jeu - à l'image de "The Game" de David Fincher en fait- ouais maintenant que j'y pense c'est un peu le même style...). Le monde de l'espionnage n'est pas présenté de façon manichénne, le scénario est suffisamment intelligent pour par exemple traiter en filigrane du 11/09 sans sombrer dans le patriotisme le plus niais ou le manichéisme le plus facile. Ce film est intelligent, je vous le dis !
D'autant que l'inévitable histoire d'amour est bien développée, elle ne parasite pas le film, au contraire elle a une réelle pertinence dans l'intrigue principale du film, jusqu'à peu à peu se confondre avec lui et devenir quasiment son sujet principal. Celle-ci n'est en outre pas du tout gnan-gnan mais traitée de façon assez adulte. Et le film réussit très bien à faire passer la méfiance extrême dont doit se munir le héros, qui décidément ne peut se fier à personne, même pas à celle qu'il aime. Cette relation, en devenir durant la majeure partie du film, ne cesse d'osciller, pour le héros comme pour le spectateur, entre amour sincère et manipulation sentimentale, de la part de chacun des partenaires, le héros lui-même (la seule personne dont on peut être sur -et encore- qu'elle est "un gentil") optant pour manipuler son entourage, dont sa bien-aimé. Le vrai succès de ce film, c'est peut-être de réussir à faire passer la détresse des deux personnages qui n'arrive décidément pas à se faire confiance, tombant malgré eux dans la paranoia inévitable qui les entoure. Cette histoire d'amour n'aurait pu être qu'une sous-intrigue parasite et commerciale, elle est partie intégrante du scénario et de la thématique du film. Bien joué.
Enfin, ce qui est marrant à remarquer est que le scénario se rapproche pas mal de celui de "Basic" par exemple, film de John Mc Tiernan avec Travolta sorti récemment sur nos écrans (et tjrs à l'affiche). Même jeu du chat et de la souris avec le spectateur, mêmes rebondissements spectaculaires (à la "24" on pourrait dire) toutes les 10 minutes, ces deux films s'amusent à brouiller les pistes et à manipuler le spectateur, intellectuellement et émotionnellement. Egalement, on peut bien sûr comparer "The Recruit" à "Spy Game", véritable clone mettant lui aussi en scène un duo d'acteurs célèbres issus de deux générations différentes et les immergeant dans le mileu de l'espionnage, Robert Redford et Brad Pitt. Mais "Spy Game", sans être mauvais, était beaucoup plus classique dans sa structure, beaucoup plus convenu dans son scénario, et, oui, beaucoup plus manichéen. "The Recruit" (qui entretient vraiment beaucoup de rapports avec "Spy Game", jusqu'au style de mise en scène et au score, très proches entre les deux films) est lui réellement intelligent. Oh, bien sûr, ce n'est pas un film intellectuel, on n'y réfléchit pas sur la situation géo-politique actuelle, on n'y critique pas vraiment la CIA et les USA. Non, il s'agit d'un divertissement intelligent, rusé et qui n'est pas lisse comme l'était "Spy Game".
Surtout, s'il faut retenir une chose c'est qu'il n'est tout sauf manichéen, j'insite sur ce point car c'est extrêmement appréciable. Ce n'est pas les gentils contre les méchants. Le film ne s'intéresse pas du tout à mettre en scène un combat classique entre défenseur du bien d'un côté et méchants terroristes de l'autre par exemple (comme l'infâme "Bad Company", autre film d'espionnage mettant en scène deux agents issus de deux générations différentes). Oh non, c'est à un tout autre jeu que s'amuse "The Recruit", qui finalement détruit les illusions que l'on pourrait se faire sur la CIA et un hypothétique noble combat qu'elle ménerait contre les méchants de ce monde. Il faut se méfier des apparences nous apprend ce film, n'avoir confiance qu'en soi-même. Concluez-en ce que vous voulez....
PS : à remarquer que la bande-annonce est très trompeuse, on a l'impression en la voyant que le film met en scène un jeune homme qui passe le test d'entrée de la CIA avant de se faire capturer par des "ennemis" et de se demander si cela fait partie du test d'entrée. Mais en fait, cela ne représente que les 30 premières minutes du film, celui-ci partant ensuite dans une direction complètement différente, profitant ainsi de l'effet de surprise si utile pour un film à suspense. La bande-annonce est donc à l'image du film qu'elle promeut : intelligente et manipulatrice.
Si quelqu'un m'a compris c'est que je n'ai pas été clair.