La série The X-Files représente énormément pour moi car elle a occupé mon adolescence et une bonne part de ma vie de jeune adulte. J'y ai consacré énormément de temps, notamment en gérant et en contribuant au célèbre site www.lvei.net en réalisant des BD sur la série, en écrivant des articles pour des magazines comme l'Ecran Fantastique ou Séries Max et en participant à de nombreuses manifestations. J'ai tous les DVD et encore certaines VHS, dont certaines achetées en 1996. Je pense donc pouvoir dire que je suis un pur X-Philes de la première heure et le fait d'avoir tenu le blog XF2 durant tous ces mois avec N°6 est la preuve de la passion qu'a suscité chez moi l'annonce d'un nouveau film sur les dossiers X. Maintenant il est clair que j'avais certaines attentes pour ce film et que j'en fantasmais certains éléments. Pourtant, ce n'est pas à travers cela que j'ai jugé le film, mais bien à partir de ses qualités intrinsèques. Tout d'abord parce que je suis comme ça en général et surtout parce qu'avec les mauvaises critiques qui ont précédé la sortie du "movie" j'avais décidé de me spoilériser histoire de ne pas être trop déçu dans ma salle de ciné. En allant voir "Régénérations" je savais donc exactement ce que j'allais y trouver espérant ainsi être finalement plutôt agréablement surpris vis-à-vis des premiers échos qui étaient catastrophiques. Il n'en a rien été... Que cela soit pour l'histoire, les personnages, pour la réalisation, j'ai été déçu par (presque) tout... Moi qui pourtant voulait tant y croire...

Une histoire de retour aux sources...

Tandis qu'un groupe de femmes sont enlevées dans les collines enneigées de la magnifique région de la Virginie occidentale. Le FBI désespéré, dont un des agents fait parti des victimes disparues, est en manque cruel de pistes, jusqu' à ce qu'un prêtre, le père Joe (Billy Connolly), condamné pour pédophilie entraîne les autorités sur de sordides indices à travers ses visions de médium... Sous la glace les agents fédéraux qui sont guidé par l'ex homme de Dieu retrouvent des restes humains. L'agent Dakota Whitney (joué par Amanda Peet) se dit que c'est une affaire tout indiquée pour les anciens agent travaillant sur les "X-Files". Mais le FBI a mis un terme à ses enquêtes paranormales voilà des années et les ex-agents Fox Mulder (David Duchovny) et Dana Scully (Gillian Anderson) n'ont aucune envie de renouer avec leur passé. Mais la vérité sur ces crimes atroce est ailleurs... dans une traque aveugle, qui mènera à d'étranges expériences médicales secrètes qui seraient liées aux disparitions.



L'enfer est pavé de bonnes intentions.

Il y a un véritable gâchis opéré dans le film car le scénario part pourtant avec de très bonnes idées à la base : Mulder et Scully qui ne savent plus où ils en sont l'un pour l'autre ainsi que professionnellement, une sombre affaire d'expériences interdites, un voyant controversé et un décors sompteux (certaines scènes dans la neige sont magnifiques)... En effet, on peut avoir été un fervent noromo, voir Mulder et Scully sur la corde raide dans leur couple on peut trouver ça pertinent et surtout cohérent suites aux dernières saisons de la série, même si on a été en désaccord avec la direction prise à ce sujet (shipperisme trop présent et peu subtil). L'idée même du couple homosexuel de méchants kidnappeurs affliliés à un groupe obscur de savants russes qui mènent d'atroces expériences n'était pas mauvaise non plus ; tout comme le personnage du père Joe qui rajoute un voile ignoble sur le récit, mais qui s'inscrit dans la thématique de la foi et de la rédemption cher aux scénaristes. Tout cela sont d'excellents ingrédients pour traiter une bonne histoire dans la pure tradition des permières saisons de la série et même pour se permettre des analogies intéressantes autour du duo Mulder/Scully qui retrouve là sa dynamique de croyant/sceptique perdu depuis la saison 7 du TV-show... Tout cela part donc de très d'excellentes intentions mais malgré cela Chris Carter a réussi à tout gâcher avec un scénario des plus paresseux et des dialogues parfois affligeants.

No offense pour ceux qui ont aimé mais franchement il faut bien se dire que le simple fait de mettre Mulder et Scully dans la même histoire avec une vague affaire en fond ne suffit pas à faire un scénario et encore moins un bon film. Et c'est bien ce qui s'est passé ici. Le seul aspect auquel se sont attardés les scénaristes Carter & Spotnitz c'est bien la relation entre les deux personnages principaux laissant totalement de côté l'intrigue paranormal (qui est très light en plus) et policière. Non seulement jamais le scénario ne nous met en réel émoi pour le sort des victimes (excepté un ou deux scènes), mais en plus la résolution de l'énigme se fait avec google, une facilité qui ne permettra finalement jamais à Mulder et Scully de faire valoir leur sens aïgue de déduction d'enquêteurs. Il y a d'autres éléments qui parasitent l'ensemble : ce sont les scènes avec le gamin malade Christian qui rappelle William à Scully. Si cette sous-intrigue peut avoir son importance dans la caractérisation actuelle du personnage (docteur) Scully est vient ici totalement comme un cheveux sur la soupe. En effet jamais la série n'a donné dans la sous-intrigue (excepté "Empedocles" dans la saison 8) et parce que les scénarios ont toujours fait jouer l'imagination du (télé)spectateur en ne montrant que le strict minimum pour pouvoir se concentrer sur les enquêtes. Ici nous avons droit en plus à un ramassis de clichés avec le gamin mourrant que le médecin veut soigner à tout prix, contre les parents et sa hiérarchie (on se serait cru dans un mauvais ER)... Et depuis quand Scully est-elle chirurgien ??? Elle a toujours été docteur en médecine ce qui est un peu différent tout de même... Mais passons...

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La fin elle aussi reste décevante. En général une fin ouverte permet de continuer ou d'accroître l'angoisse, la tension et les enjeux d'un film. Alors qu'ici la fin ouverte sert uniquement d'excuse au fait que les scénaristes ne se sont pas tant cassés le cul que ça pour pondre leur histoire et qu'ils ont pas envie de la rendre spécialement cohérente alors du coup y a des trous dans le récit et puis tant pis... De même qu'en général lorsque nous avons des zones d'ombres c'est pour nous faire réfléchir (aaaah nostalgie des 1ères saisons) histoire de comprendre l'histoire sous un autre jour, la mettre en relief par rapport à une vérité effleurée... Mais ici il n'y a vraiment rien à part nous faire disserter, par exemple, à quel moment le méchant russe et le méchant chauve se sont donnés leurs premiers rencards, ce qui n'est pas d'un intérêt majeur, faut bien l'avouer.

Bref, ici nous avons plusieurs éléments de facilités, de raccourcis qui mettent à mal l'intrigue policière et paranormal du film qui pourtant se veut proche des premières saisons. Il y a une différence entre flou artistique et paresse déguisée en effet de style... L'histoire est ici un prétexte à mettre le couple d'ex-agents en scène et non l'inverse comme les tous premiers épisodes justement. Cela n'a rien de si gênant que cela à la base, car même en partant de là, cela ne justifie pas que l'enquête soit à ce point soldé ce qui a pour effet de la rendre vraiment très peu passionnante (surtout vu le nombre réduit de réels rebondissements) et seul l'arc sur Mulder et Scully sera retenu. Une occasion ratée donc de faire un film à personnages avec en fond une trame digne des meilleurs films de genre.

Les personnages...

A ce stade de la lecture vous devez vous dire que je n'ai rien aimé du tout dans ce film... Ce n'est pas le cas car dans la moitié du temps j'ai apprécié retrouver les personnages que l'on avait laissé 6 ans plus tôt. Un mot sur les excellents acteurs que sont David Duchovny et Gillian Anderson qui brillent ici comme dans les meilleurs épisodes de jadis. Un coup de chapeau donc à eux d'avoir fait revivre les personnages aussi bien malgré des lignes de dialogues parfois ridicules.
Fox Mulder a repris du poil de la bête. L'une des meilleures scènes du film reste le moment où nous retrouvons le personnage dans un bureau qu'il s'est recréé dans sa cabane abandonnée. Les échanges qu'il a avec Scully sonnent tous très justes lorsqu'ils ont un caractère professionnel et même lorsqu'ils sont personnels, mais seulement à partir du moment où ils ont de la retenu (c'est à dire pas si souvent). En effet les "j'ai un petit quelque chose pour te consoler" sont vraiment ringards, tout comme leurs allusions de vie à deux qui n'ont vraiment rien d'originales. Mais Mulder reste Mulder, obstiné et vif... Bref très juste...

Scully quand à elle est enfin devenu un vrai docteur et là on se dit qu'au moins les personnages sont cohérents avec leur évolution aux cours de toutes ces années et c'est donc avec plaisir que nous la redécouvrons remplir ses nouvelles fonctions. Malheureusement, si l'affaire Christian est effectivement important pour ce personnage, celle-ci n'aurait du être qu'effleuré aux détours de conversations avec Mulder plutôt qu'être ainsi exposée avec les violons de Mark Snow pour essayer de nous faire pleurer. Vraiment dommage car là encore nous avons eu une Scully des grands jours, magnifique lorsqu'elle se confronte au père Joe dans une des meilleurs scènes du film, faisant ainsi ressortir les grands thèmes de l'histoire.

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Par contre celui qui est vraiment mal servit c'est bien ce pauvre Walter Skinner (Mitch Pileggi) qui fait ici une performance ridicule et totalement inadéquate. Il aurait été plus juste de l'insérer dans le récit dès le début pour expliquer l'abandon des charges contre Mulder pour justifier son retour de façon plus crédible. En effet, le procès de Mulder étant illégal par nature (voir le dernier épisode de la série) en annuler les effets doit forcément découler d'une décision "politique" et faire de Skinner l'artisan de cette cause avec l'agent Dakota aurait été plus judicieux et rendu son apparaition à la fin totalement bienvenu (et donné plus de relief au personnage d'Amanda Peet). Au lieu de cela les premières phrases de Skinner sont censé être comiques, vraiment pathétique, surtout lorsqu'on se souvient du charisme dont peut faire preuve le directeur adjoint du FBI (Sinon, moi j'ai pas remarqué de vertèbres métalliques ressortant de la nuque)...

Pour fini les agents Dakota et Drummy (joué par Xzibit) sont totalement insignifiants et effacés, ce qui est bien dommage car ils auraient put inscrire encore plus Mulder et Scully dans la réalité du FBI de 2008 (et non, vu l'utilisation faite de ses personnages : Reyes et Dogget n'auraient pas pu tenir leurs rôles)... Le père Joe quand à lui est plutôt bien écrit à mon sens, mais l'acteur n'a pas tant brillé que ça par sa performance. J'en suis resté sur ma faim !

Condamné pour mauvais traitement...

Un des plus grands points noirs de The X-Files 2 reste la réalisation par un Chris Carter plus amateur que jamais. Il y a là un vrai manque de qualités de la mise en image dans ce qu'on l'on pourra qualifier de langage cinématographique de base. Que certains défauts de la réalisation soient présents dans la série, soit, mais le médium sur lequel était diffusé les épisodes peuvent se permettre ces quelques écarts. Au cinéma c'est tout de même différent et s'il est vrai que "Figth The Future" avait des images léchées mais vides d'émotions (je pense toujours que c'est du côté du scénario qu'il faille en chercher les causes), et que l'idée de Carter de jouer la sobriété ici était une bonne idée. Mais même en jouant cette carte, pourtant moins compliquée car moins ambitieuse que celle utilisé pour le premier film, Carter a fait de grosses erreurs...

Si le but est de faire exactement la même chose que dans la série autant faire du "direct-to-DVD" car si l'ambition de Carter est de devenir cinéaste il lui faudra se mettre au niveau technique. Faire dans le minimalisme n'est pas du tout un problème : le parti prit est tout à fait acceptable comme je l'ai dis mais en voyant certaines scènes il y a de quoi halluciner. Par exemple dans la première scène au FBI il n'y a que des champs et des contre-champs et certains sont très rapides et ne permettent pas une bonne lisibilité de l'action (le dialogue) c'est un comble !!! Car que la scène d'action soit illisible, cela sert l'histoire et surtout l'atmosphère (et en plus c'est difficile) mais si cela arrive dans une simple scène de dialogue cela relève plutôt de l'erreur de parcours. De même dans les scènes de recherches dans la neige, sur certains plans le focus n'est pas bien réglé et cela n'a pas l'air intentionnel du tout vis-à-vis de l'action qui s'y déroule et au vu des plans qui les précèdent et les suivent. Et que dire des clins d'oeils annoncés avec des gros panneaux style LA CITE DE LA PEUR ? Regardez ahahah : Mulder a faire construire un faux plafond dans sa cabane de bûcheron rien que pour y planter des crayons comme dans la série!... Cela ne sera pas ces "cadeaux" aux fans qui remplaceront un vrai scénario !

Non vraiment : faire dans le minimalisme est une bonne chose, mais foirer sa réal' en est une autre ! J'avais d'autres exemples sur le moment mais je n'ai pas tout retenu. "Figth The Future" avait beaucoup de défauts mais jamais la réal' n'avait pas trébuché au moins... Même Mark Snow pour la musique a joué les faignants en nous ressortant une compo du premier opus ciné et en se contentant de faire simplement du bruit avec ses ustensiles de cuisine tout le long du film... Quel manque d'ambition, même à ce niveau...





En conclusion...

Vous l'avez compris, malgré mon grand dévouement à X-Files et aux séries de Chris Carter en général je suis extrènement déçu par ce dernier. Jusqu'au point où je me demande s'il est devenu sénile pour écrire, produire et diriger un tel navet ou tout simplement cynique avide d'argent... En ce qui me concerne je trouve que ce n'est vraiment pas rendre service (justice) à la grande série que The X-Files a été que de cautionner un tel râtage en l'affublant d'adjectif comme "réussi" ou "superbe"... Pour moi les thèmes et les idées de départ sont bons, mais il reste bien que la façon dont les ont exprimé Carter & Spotnitz est pour le moins bancal. Tous les problèmes sont donc dans le traitement et non dans les idées de base. Dans mes critères (comme sans doute de nombreux X-Philes) un scénario béton prime pour trouver un épisode/film correct.
La série X-Files a révolutionné la télévision de par sa qualité, on était donc en droit d'attendre une qualité au minimum potable au niveau de la réalisation et du scénario. Et ne me dites pas que vous ne remarquez pas un fossé de qualité au profit de l'épisode TV... Or un film cinéma se doit d'être meilleur qu'un épisode de série, pas l'inverse... C'est pourquoi j'ai jugé ce film non pas sur les intentions de Carter (qui sont bonnes je le répète) plutôt que sur le résultat, sur un traitement qui n'a pas été à la hauteur des ambitions de ce dernier, fussent-elles minimalistes...

Carter se rendra t'il compte de ses erreurs pour un éventuel X-Files 3 au cinéma ? Je veux toujours y croire...

Je vous conseille également deux autres reviews opposées l'un à l'autre mais toutes deux très intéressante. La première très négative d'Amrith sur le forum EpidermiQ', et l'autre très positive de Sullivan sur le blog 1013. Vous retrouverez également beaucoup d'autres petites reviews écrites par les visiteurs de ce blog sur cette note. Mais si pas mal ont aimé le film, la majorité est déçue à des niveaux divers...