par underhilldaisy sur 26 Nov 2004 20:52
Bon j'ai ma réponse à ma question :
[size=75]source : lepoint.fr[/size]
[i]« Le Point » a demandé à Patrick Mauduit, 52 ans, ancien chef de groupe de police judiciaire (1), et Stéphane Berthomet, 37 ans, ancien lieutenant à l'antiterrorisme, de visionner « 36, quai des Orfèvres ». Les deux policiers, qui sont aujourd'hui conseillers techniques auprès du syndicat Synergie Officiers, font le tri entre la fiction et la réalité.
Propos recueillis par Jean-Michel Décugis et François-Guillaume Lorrain
[b]Le Point : Vos impressions sur le film?[/b]
[b]Patrick Mauduit :[/b] C'est un excellent film d'action. Cela dit, le film est très éloigné de la réalité du 36, quai des Orfèvres.
[b]Stéphane Berthomet :[/b] Le film va plaire aux flics car il y a beaucoup d'anecdotes et de répliques tirées du réel. Bien que les commissaires y aient la part un peu trop belle. Leurs voitures, leurs femmes, leurs maisons avec des toiles de maîtres, c'est un peu trop joli. Dans la réalité, ont-ils aussi bon goût ?
[b]Comment sont les vrais commissaires du 36 ?[/b]
[b]S.B. :[/b] D'abord, ils ne vont pas sur le terrain. Ou très peu. On les voit surtout le jour de l'arrestation, quand l'enquête est close et que le gibier est suffisamment gros pour intéresser les médias. En fait, ce sont les chefs de groupe (les officiers) qui gèrent les opérations sur le terrain. La fonction du commissaire, c'est surtout la gestion des services.
[b]P.M. :[/b] Parfois, la maison couvre les conneries des commissaires. Comme Depardieu dans « 36 », certains d'entre eux ont fait foirer des opérations à cause d'un ego démesuré. Et, comme dans le film, l'administration les a couverts. Il existe une caste des commissaires. Les commissaires accomplissent une carrière, les officiers un travail. Le 36, c'est le fief des « tauliers » attachés à l'image de Maigret, à la représentation cinématographique du patron. Même si aujourd'hui celle-ci est désuète. Même s'ils ont oublié que Maigret n'est qu'un personnage de fiction. Il y a quinze ans, les « tauliers » de PJ se réunissaient dans un restaurant qui s'appelait La Poularde pour se distribuer les postes. Celui qui n'y allait pas était bien sûr tricard.
[b]Quelle est l'ambiance, aujourd'hui, au 36, quai des Orfèvres ?[/b]
[b]S.B. :[/b] Pour intégrer le 36, il faut être coopté. Les hommes de base sont des flics reconnus par leurs pairs. Ils ne se considèrent pas comme une élite, mais comme des policiers spécialisés et donc différents.
[b]P.M.:[/b] Comme beaucoup d'autres flics, ils sont passionnés par leur métier et parfois jusqu'au-boutistes. Ce sont des chasseurs. Ils sont flics avant d'être des maris ou des pères. Ils ne comptent pas leurs heures... Dans « 36 » on voit Auteuil rentrer chez lui après une intervention et faire l'amour à sa femme sous la douche. Ça, c'est du cinéma (rires). Pour nous, c'est plutôt la soupe à la grimace et l'auberge du « cul tourné ». On te reproche de ne jamais être là, de ne pas voir grandir tes enfants ... C'est dans la police qu'il y a le plus de divorces et de séparations.
[b]S.B. :[/b] Plutôt que de rentrer chez eux, certains vont boire des coups entre potes en refaisant la police.
[b]Le personnage d'André Dussollier, patron de la police judicaire, est-il réaliste? [/b]
[b]S.B. :[/b] Il est assez juste. Le patron de la PJ veut des hommes efficaces sans savoir comment ils font pour l'être. La cuisine, très peu pour lui.
[b]P.M. :[/b] Il est aux ordres des politiques. Et si cela tourne mal, il saute. Cela a été le cas du directeur central de la police judiciaire Jacques Franquet, qui a piloté l'enquête sur le juge Halphen et les écoutes téléphoniques illégales. Même chose pour Olivier Foll, le patron de la PJ parisienne qui a demandé à ses hommes de ne pas accompagner le juge chez Jean Tiberi lors d'une perquisition.
[b]Dans « 36 », lors d'un pot de départ, des policiers tirent sur les bouteilles. Est-ce vraisemblable ?[/b]
[b]P.M. :[/b] Il y a vingt ans, oui. Je l'ai vécu. C'était une façon de décompresser ... Parfois même vers 4 heures du matin, on tirait en l'air de nos véhicules. C'est même arrivé sur les Champs-Elysées ...
[b]S.B.:[/b] Sur les coups de calibre, certains commissaires n'étaient pas en reste. Il y avait aussi des concours de tir sur les lampadaires. Tout cela n'existe plus. La police a beaucoup changé.
1. « Le flic et le thérapeute », de Patrick Mauduit et Jean-Luc Maxence (Entrelacs, 249 pages, 16 e).
© le point 18/11/04 - N°1679 - Page 109 - 745 mots[/i]
*Ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent*